Méthode Vol de retour • Entretien avec Marie-Pierre Chauzat, biologiste et directrice du Laboratoire Européen de Référence pour la santé des abeilles

Par Itsap-Com, le 13 juillet 2021

Entretien avec Marie-Pierre Chauzat, biologiste et directrice du Laboratoire Européen de Référence pour la santé des abeilles, un mandat obtenu en avril 2011. La chercheuse travaille, entre autres, sur la toxicité des pesticides sur l’abeille au sein de l’Unité de Pathologie des Abeilles à l’Anses de Sophia Antipolis.

Quel est votre regard sur le développement du test de retour à la ruche ?

Faisant partie du groupe de travail « Abeilles » au sein de la Commission des Essais Biologiques (CEB), j’ai participé à l’élaboration de la première version de la méthode, en français. Ce fut, à mon sens, une véritable aventure scientifique, réglementaire et humaine, que de mener à bien ce long process de validation jusqu’à l’approbation récente de la méthode par l’OCDE. Elle a demandé 8 années de travail avant d’être validée et plus dix si l’on remonte à sa première utilisation. Cela souligne la persévérance nécessaire pour coordonner et mener à son terme ce test circulaire, de la formation des laboratoires, afin qu’ils appliquent le test, à leur accompagnement tout au long du process. Il a fallu également démontrer la capacité du test à pouvoir mesurer des effets très fins et à fournir des résultats reproductibles dans les différents laboratoires participants. Il n’y a pas beaucoup de méthodes OCDE sur les abeilles et la France est assez leader sur le sujet.

Qu’apporte cette méthode selon vous ?

C’est la première méthode, validée au sein du panier des tests réglementaires, où le paramètre étudié (le succès de retour) est mesuré sur des abeilles en vol libre, dans les conditions réelles. On se rapproche de la réalité du terrain et c’était un des challenges pour parvenir à une validation de la méthode. Sur le plan biologique, c’est un test intégrateur. Il prend en compte plusieurs composantes pouvant être affectées par un pesticide, la capacité d’orientation par exemple ou encore l’activité motrice en vol. La mesure de ces effets plus fins est aussi un pas vers la compréhension des effets toxicologiques complexes qui peuvent affecter le fonctionnement de la colonie.

Et d’un point de vue réglementaire ?

L’évaluation des effets de faibles doses de pesticide manque dans la réglementation actuelle. Des efforts sont fournis par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou par des pays membres de l’Union Européenne pour faire évoluer cette réglementation mais ces efforts rencontrent de réels écueils. Le document-guide d’orientation de l’EFSA, publié en 2013, et qui avait pour objectif de revoir l’évaluation du « risque abeilles » n’a pas été accepté et fait toujours l’objet d’une révision. Le test de retour à la ruche apportera certainement d’autres données pour éclairer le process d’évaluation de ce risque. Le prochain enjeu des évaluateurs sera de mieux quantifier les répercussions des pertes de butineuses à l’échelle de la colonie.