Méthode Vol de retour • Entretien avec Hervé Giffard, fondateur et gérant de la société Testapi, prestataire de service en expérimentations sur les pollinisateurs

Par Itsap-Com, le 13 juillet 2021

Entretien avec Hervé Giffard, représentant d’un des 11 laboratoires partenaires du test circulaire européen, mené entre 2015 et 2019 afin d’homologuer officiellement la méthode de mesure du retour à la ruche.  Il est le fondateur et le gérant de la société Testapi, prestataire de service en expérimentations sur les pollinisateurs, qui réalisent notamment des tests sur la toxicité des pesticides, nécessaires à la constitution des dossiers de demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Il est également l’animateur et le rapporteur du groupe de travail « Abeilles » de la Commission des Essais Biologiques (CEB) en charge de la rédaction des méthodes d’évaluation des effets des pesticides.

Vous avez deux points de vue sur la méthode dite « vol de retour », celui d’un participant au test circulaire et celui de l’expert à la CEB ?

L’histoire a débuté avec la publication de l’UMT PrADE (Henry et al. 2012). Une première version de la méthode a été rédigée en français au sein du groupe de travail de la CEB en 2014 avant de prendre une envergure internationale en 2015 avec la création du test circulaire. Ce dernier a été un long processus mais c’est souvent le cas avant de parvenir à une méthode aboutie et l’obtention de résultats reproductibles d’un pays à l’autre. Le groupe des participants a évolué, avec la constitution d’un noyau dur de praticiens même si certains ont arrêté avant d’arriver au terme de la procédure de test. Un des enjeux importants de ce travail de validation était de pouvoir établir comme critère de validité du test le seuil minimum acceptable de retour des abeilles témoins (butineuses non exposées).  En effet, les performances de retour à la ruche peuvent être modulées par des facteurs comme la température en conditions naturelles.

Comment s’est passée la réalisation du test au sein de votre laboratoire ?

Nous avons pu mettre en œuvre le test dès qu’il a été initié par l’ITSAP, en 2015. Nous n’avons pas rencontré de réelles difficultés techniques. Certaines évolutions méthodologiques proposées ont malgré tout facilité sa réalisation, à l’instar de la technique de marquage des abeilles avec des pigments colorés. Cela a permis de s’assurer que les butineuses avec lesquelles on travaillait étaient familières de leur environnement ou encore des conditions d’exposition des abeilles au produit et du maintien de leur bonne santé pendant toute la phase de laboratoire. Il faut avoir à l’esprit que la responsabilité du coordinateur du test circulaire est toujours plus grande car il doit continuellement améliorer la méthode jusqu’à sa validation.

Vous avez été partie-prenante de ce succès, cela change quoi pour vous ?

L’aboutissement de ce travail et la validation du test comme méthode OCDE fait vraiment plaisir ! C’est une première, ce test officiel capable de mesurer les effets des doses sublétales des produits dans les procédures d’évaluation du risque. Et on fait un grand pas en ne s’intéressant plus seulement aux effets directs sur la survie. C’est une corde supplémentaire à notre arc pour mieux protéger l’abeille. De nouveau c’est un test français validé par l’OCDE, une instance internationale !