Marché français du miel en 2020 : notre complément d’enquête

Par Itsap-Com, le 2 mars 2022

Échanges, ressources, emplois, stocks, consommation, débouchés et évolution des flux, on fait le point.

Dans une précédente série de papiers, nous avions examiné les échanges de miels de l’hexagone avec les autres pays de l’Union européenne et les pays tiers pour l’année 2020. Ce nouveau volet d’articles s’attache à présenter une vue globale du marché du miel en France pour l’année 2020. On vous explique ici les objectifs recherchés par cette étude, la démarche employée ainsi que certaines notions clés, indispensables à la compréhension de nos hypothèses et analyses.

La finalité de cette enquête était de pouvoir disposer d’une vue cohérente du marché du miel pour l’année 2020 en France, tout en restant prudent sur les chiffres annoncés (exprimés en tonnes de miel). À ce jour, un certain nombre de données restant en effet inconnu, les résultats obtenus l’ont donc été en s’appuyant sur des hypothèses simplifiées. L’étude comporte 4 volets : une analyse de la récolte, un bilan des échanges, de la consommation et de la variation de stocks ; la mise en lumière des principaux débouchés des miels français et importés ; l’évolution du marché sur la période récente ; et enfin une estimation des principaux flux entre les différents types acteurs.

Méthodologie : la méthode « des bilans »

L’analyse de ce marché s’avère difficile, d’une part du fait de sa structure (multiplicité et typologie des acteurs impliqués), et d’autre part, en raison de l’absence de certaines statistiques essentielles comme le prix de marché, normalement disponibles dans les approches économiques standard des marchés de produits agricoles.

La méthodologie employée est celle dite « des bilans », consistant à comparer les emplois et les ressources des volumes de miel sur une année civile. Cette approche nous est apparue la plus pertinente pour déterminer la consommation globale de miel en France en 2020, tous circuits de commercialisation confondus. Pour ce travail, une meilleure connaissance des stocks de miels en fin d’année civile est nécessaire. Dans la synthèse de l’observatoire de la production de miel et de gelée royale de FranceAgriMer, publiée en 2021, figurent les tonnages de miel en stocks en fin d’année civile sur la période 2018-2020.

Ce focus sur les stocks de miels et de leur variation chez les apiculteurs avait été réalisé pour la première fois dans l’enquête annuelle de l’observatoire de la production de FranceAgriMer portant sur l’année 2019.

Afin de pallier les lacunes du système d’information actuel et compte tenu des contraintes budgétaires qui ont présidé à cette brève synthèse,la méthode des bilans semblait le meilleur compromis pour déterminer, par différence, la consommation globale de miel en France pour l’année 2020.

Il faut enfin préciser que les tonnages consommés sont disponibles pour certains circuits de distribution seulement et qu’ils proviennent de diverses sources : l’enquête de l’observatoire de FranceAgriMer auprès des apiculteurs pour ce qui est des ventes directes ou le panel Nielsen pour certains formats de la grande distribution. Cette étude fait ainsi l’hypothèse que les tonnages vendus dans un circuit sont effectivement consommés par les ménages acheteurs.

Les notions majeures structurant l’étude

Figure 1 : Schéma des ressources (disponible apparent) et des emplois pour le miel

Le « disponible apparent » késaco ?

L’étude de l’ITSAP-Institut de l’abeille utilise notamment la notion de disponible « apparent » (ou le terme « ressources »), défini comme la somme du tonnage récolté en France et qui est commercialisé, du déstockage éventuel par les opérateurs (principalement apiculteurs et conditionneurs) et enfin des importations. En d’autres termes, le disponible « apparent » représente l’ensemble du tonnage de miel disponible sur le marché français.  Il est qualifié d’« apparent » car son estimation reste théorique. La stratégie des acteurs, apiculteurs, conditionneurs ou autres, en termes de variations de stocks (positives ou négatives) n’est lisible que récemment et pour les apiculteurs uniquement : le volume mis sur le marché sur l’année civile peut donc varier au-delà de ce « disponible apparent». De même, l’origine des miels écoulés en ventes directes n’est pas connue. Si la très grande majorité des apiculteurs ne peuvent vendre que du miel issu de leur production, du fait de leur statut de micro-bénéfice agricole, on sait que des achats et des reventes de miels sont effectués par certains d’entre eux pour disposer des quantités dont ils ont besoin afin de tenir leur marché ou pour compléter leur gamme (avec des miels d’agrumes par exemple).

Ce que l’étude nous révèle et ses limites

Dans un premier temps, l’étude va rendre compte du tonnage de miel disponible en 2020 sur le marché français. Il s’agit de la récolte commercialisée en 2020, à laquelle s’ajoute la variation de stocks entre fin 2019 et fin 2020, ainsi que les volumes importés. Ces données sont renseignées avec une certaine fiabilité. On dispose ainsi du tonnage disponible sur le marché, qualifié de « disponible apparent ». Ce tonnage de miel disponible peut être destiné aux exportations, connues de façon précise, à la consommation globale (calculée par la différence : tonnage disponible – exportations) ou à l’augmentation des stocks de miel, comme ce fut le cas en 2020.

Dans un second temps, l’enquête présente une estimation des volumes écoulés par chacun des principaux types de circuits : exportations, circuits longs, et circuits courts c’est-à-dire les ventes directes.

Enfin, si celle-ci permet de décrire l’offre et la demande, le panorama du marché du miel en 2020 qu’elle dessine ne prend pas en compte la notion de « prix de marché », pour une raison identifiée. Contrairement à la plupart des autres produits agricoles, le miel ne fait pas l’objet d’une cotation officielle en France. La segmentation du marché du miel en fonction de son origine florale (miels d’acacia, de châtaignier, de lavande, etc.) constitue un autre obstacle à une vision claire et pérenne de l’évolution des prix. On ne dispose donc d’aucune donnée fiable et incontestée concernant un prix de marché moyen pour du « miel toutes fleurs » par exemple, nous permettant d’établir l’évolution des prix en 2020 dans cette filière.

Quand on parle de « ressources »

Les ressources permettent d’identifier d’où vient le miel disponible sur le marché :

–  de la production ou récolte française. Ne sont retenus ici que les volumes réellement commercialisés. Une estimation de l’autoconsommation ainsi que celle des dons et pertes permet d’évaluer le tonnage de miels français commercialisé sur le marché français. La récolte de 2020 a atteint un niveau exceptionnel et a donné lieu à la constitution de stocks chez les apiculteurs ;

– d’un éventuel déstockage de la part des apiculteurs ou conditionneurs mais on fait l’hypothèse que ce ne fut pas le cas en 2020, compte tenu de l’importance de la récolte ;

– des importations de miel, provenant des 27 pays de l’UE ou de pays tiers. Les importations de la France en 2020 ont été présentées en détail dans un article précédent du blog de l’ITSAP (voir l’article).

… Ou d’ « emplois »  

Les emplois ou « débouchés » sont quant à eux constitués par la consommation française sous toutes ses formes, tous circuits de commercialisation confondus ainsi que par les exportations de miel dont la destination peut être les pays de l’UE 27 ou des pays tiers (le bilan des exportations de la France en 2020 a lui aussi été largement commenté par un précédent papier (voir l’article). Et enfin par l’éventuel stockage de la part des opérateurs (apiculteurs ou conditionneurs).

Retrouvez tous les résultats détaillés de cette étude dans les articles ci-dessous :

Auteurs : Jacques Combes (consultant indépendant), Cécile Ferrus (ITSAP-Institut de l’abeille)
Contact : cecile.ferrus(a)itsap.asso.fr