L’union fait la force sanitaire

Par Itsap-Com, le 21 avril 2021

Une nouvelle synergie de compétences est à l’essai pour soutenir les apiculteurs dans leur lutte contre la prolifération du varroa

Les ADA et l’ITSAP ont pour vocation de produire des références et des outils d’aide à la décision au service des apiculteurs. Quant aux vétérinaires, ils sont désormais un certain nombre à s’être formés en pathologie apicole et en gestion des diverses affections de l’abeille, parmi celles provoquées par varroa.

A l’évidence, ces deux réseaux d’experts ont à apprendre l’un de l’autre et feraient grandir la connaissance sur le sujet s’ils travaillaient en synergie. Une nouvelle organisation est donc actuellement à l’essai, faisant le pari de l’interdisciplinarité par une approche pluri-experte. Son objectif : donner aux apiculteurs français des solutions mais aussi des outils de suivi, pour combattre plus efficacement la prolifération de ce parasite. Cette approche et son protocole d’accompagnement associé s’inscrivent dans le projet baptisé WIN’VAR porté par l’ADA Nouvelle Aquitaine.

Dans la plupart des filières agricoles, les éleveurs bénéficient d’un accompagnement pour décider de leurs interventions sanitaires. Or celui-ci est encore absent en apiculture et pourtant les menaces accrues qui pèsent sur la survie des colonies appellent à une mobilisation forte et des actions concertées pour accompagner les acteurs du secteur.

 

L’apport des Associations de Développement de l’Apiculture (ADA) dans la lutte sanitaire

Ces structures techniques se donnent pour mission de tester de nouvelles pratiques intéressant les apiculteurs. Les ADA ont une connaissance régionalisée des systèmes apicoles, d’un point de vue technico-économique, pratique et expérimental. Un technicien de l’ADA, par sa vision systémique et fondé sur l’expérimentation, peut apporter son expertise à l’organisation des différents chantiers apicoles, en particulier ceux qui se trouvent en première ligne dans la lutte contre le varroa. Il produit et dispose d’une documentation riche ainsi que de méthodes et d’outils éprouvés (fiches techniques, tutoriels sur les méthodes de détection de varroa et des moyens de lutte) et partagés au sein du réseau de développement ADA/ITSAP. Il peut ainsi effectuer des bilans individuels d’exploitation sur des critères technico-économiques, établir un bilan de travail et il est habilité à délivrer un avis expert sur le sujet.

 

Ces autres acteurs de la santé apicole

Les vétérinaires possèdent certaines prérogatives en la matière. Ils réalisent le diagnostic et la certification des cheptels (vente, export, etc.) et ont la responsabilité de la pharmacie médicamenteuse. Le vétérinaire, avec l’appui d’un technicien sanitaire apicole (TSA) recueille des signes cliniques et lésionnels affectant les colonies d’abeilles, y compris des « commémoratifs », ces signes d’une affection antérieure dans la saison. Il peut conseiller des interventions médicamenteuses en cohérence avec les moyens de lutte contre varroa précédemment employés par l’apiculteur. A l’occasion de « rendez-vous santé », des prélèvements biologiques à visée diagnostique peuvent être réalisés.

 

Un partenariat fondé sur une expérimentation en mode « essai-erreur »

Le partenariat conclu entre les ADA et des vétérinaires référents est une opportunité de mieux accompagner les apiculteurs professionnels dans leurs prises de décisions en matière sanitaire. Nous partons du postulat qu’un soutien individuel aux apiculteurs, reposant sur un binôme complémentaire de techniciens/conseillers des ADA et de vétérinaires sera bénéfique pour les exploitations. Le fonctionnement de ces binômes reste encore à préciser.

Le projet Win’var se déroulera sur trois ans et prendra fin en 2023. La première action de ce programme vise à expérimenter des moyens de lutte contre Varroa pendant la saison d’hiver. La seconde doit permettre de valoriser ces résultats auprès des apiculteurs par la production de références (issues de la base de données « Varroas Phorétiques ») d’une part, et la mise en place d’un accompagnement des apiculteurs expérimental dans la définition de leur stratégie de lutte contre l’acarien parasite.

Pour cela, un groupe de suivi a été constitué. Il regroupe un apiculteur, un vétérinaire et un conseiller apicole de chacune des ADA partenaires, afin d’impliquer les futures parties prenantes au tout début de la construction de ce référentiel d’accompagnement, par les échanges et le partage d’expérience aux niveaux individuel et collectif. Cela permettra également de faire évoluer le protocole d’investigation selon les besoins.

 

Créer un modèle d’accompagnement adapté

Les besoins et les attentes de chacune des parties concernées sont, dans un premier temps, établis et ce, pour chaque moment clé de la saison apicole. Nous proposerons une méthode adéquate (entretien en présentiel ou à distance, visite(s) sur rucher, durée de l’intervention, rôle de chaque intervenant) pour chaque étape ainsi qu’une liste de livrables (commémoratifs, tableau de bord, etc.). Les informations dont chaque partie-prenante doit disposer afin de pouvoir réaliser sa mission de conseil seront listées (indicateurs d’infestation, de mortalité hivernale, de production, parcours, etc.) et communiquées à tous selon certains critères afin de respecter les obligations de secret professionnel des vétérinaires sur les données issues d’élevages.

A l’issue de la première année, nous proposerons un calendrier d’accompagnement et une méthode de suivi co-construite avec l’apiculteur et le vétérinaire (encadrement/conseil individuel), basés sur les productions des ADA : des références sur les niveaux d’infestation et leur variation au cours de la saison, les résultats obtenus lors d’expérimentations de solutions techniques et pratiques, et en particulier celles de la première action du projet Win’Var.

 

Des réajustements à l’épreuve du terrain

Dans un second temps, cet accompagnement pilote sera testé, au cours d’une saison apicole, par l’ITSAP et son vétérinaire conventionné, auprès d’un petit groupe d’apiculteurs volontaires local identifié pour son besoin critique de juguler l’infestation de varroa. Cette étape devra valider notre capacité à obtenir des indicateurs fiables et l’utilisation des outils d’aide à la décision produits par les ADA, ainsi que la pertinence du suivi et de la documentation produite au cours de la saison.

Une évaluation de notre modèle d’accompagnement est également prévue dans un certain nombre de régions-test auprès des apiculteurs partenaires du projet et d’autres apiculteurs volontaires, et le concours de vétérinaires et de conseillers apicoles. Un réajustement de la méthode de lutte pourra être envisagé afin d’aboutir à un cas-concret type, décrivant les grands traits du système de l’apiculteur, ses stratégies de lutte, ses performances, son témoignage grâce auquel les autres apiculteurs pourraient se comparer.

 

MEMENTO

Pour aider l’apiculteur à renforcer sa lutte contre varroa, l’accompagnement reposera sur 3 règles principales :

  • Choisir le moyen de lutte en fonction du système de production de l’apiculteur, ses contraintes (économie, temps de travail, etc.) et son savoir-faire ;
  • Offrir un tutorat dans la mise en œuvre du traitement ;
  • Suivre des indicateurs de résultat : niveaux d’infestation, taux de pertes en sortie d’hivernage par rapport à des références locales de l’ADA.

N.B : Il s’agit d’une démarche expérimentale dont nous devrons tirer les enseignements afin de construire à terme les outils d’accompagnement les plus pertinents et adaptés aux réalités de terrain

 

Pour toute information sur la construction et l’expérimentation du modèle d’accompagnement sanitaire en apiculture contacter Julien Vallon, responsable « Bioagresseurs » à l’ITSAP-Institut de l’abeille julien.vallon@itsap.asso.fr

 

 

 

Le projet Win’Var porté par l’ADA Nouvelle Aquitaine, en partenariat avec l’ADAPI, l’ADA Occitanie, La Chambre d ‘Agriculture d’Alsace et l’ITSAP-Institut de l’abeille, est financé par le CASDAR via l’appel à projet « Expérimentation » de France AgriMer. Les Unités de Recherche « Abeilles et Environnement » et « BioSP » de l’INRAE d’Avignon sont aussi partenaires du projet.