Traçabilité, pour action !

Par Itsap-Com, le 17 décembre 2021

Outils et leviers suggérés par les acteurs de la filière apicole

L’enquête menée entre mars et août 2021 par l’ITSAP-Institut de l’abeille et le Groupement des producteurs de gelée royale (GPGR) sur la traçabilité dans la filière apicole a mis en lumière les enjeux, les pratiques et les difficultés rencontrées par les différents acteurs pour mettre en œuvre le suivi des produits de la ruche. Mais les sondés ont aussi réfléchi à un certain nombre de solutions pratiques pour faire avancer le sujet. On les écoute.

Les participants de l’étude ont fait émerger plusieurs grandes propositions d’outils pour accompagner les acteurs de la filière sur les pratiques de traçabilité, notamment : numérisation des outils existants, cadre législatif renforcé, partage des connaissances et formation. La constitution d’un référentiel de savoirs assorti d’une formation pourrait être un premier volet d’action pour faire avancer la pratique de la traçabilité dans la filière. Selon les enquêtés, on s’empare d’autant plus facilement des questions de traçabilité que l’on bénéfice de connaissances et de méthodes ou d’outils sur la traçabilité mis à disposition par les acteurs techniques et scientifiques de la filière apicole. Ainsi, faire partie d’un réseau d’acteurs de la filière permet d’être davantage informé (faits, pratiques et évolutions) et proactif en matière de traçabilité. Des débats ont eu lieu quant aux outils potentiels dont la filière pourrait s’équiper : certains sont favorables à davantage de numérique, d’autres à une simplification des outils papiers existants, utilisés majoritairement par les apiculteurs, pour les rendre plus pratiques.

Tableau 1 : Résultats des acteurs interrogés sur les idées d’outils à créer ou à développer pour faciliter les pratiques de traçabilité 

Le développement des contrôles, une clarification de la règlementation existante ou la simplification des outils déjà utilisés, voire plus largement, de l’organisation de la filière, dessinent les autres grandes lignes d’un plan d’action. Par ailleurs, les signes d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO) semblent proposer des systèmes de traçabilité intéressants. En effet, plusieurs opérateurs et marques collectives soulignent que les pratiques de traçabilité des apiculteurs sous SIQO sont souvent bien organisées et plus faciles à contrôler. Par ailleurs,  certains suggèrent de s’intéresser au fonctionnement de la filière viticole ou de la filière élevage comme source d’inspiration. En effet, les mentions comme « mis en bouteille au domaine » pourraient peut-être trouver leur équivalent pour les produits de la ruche.

Tableau 2 : Résultats des acteurs interrogés sur des leviers à mobiliser pour améliorer la traçabilité

Et si la blockchain était La solution technique ?

Dans cette étude, la question d’une éventuelle application, à l’apiculture, de la technologie appelée Bockchain, a été abordée avec les enquêtés. L’apparition de cette technologie remonte à une dizaine d’années. La Blockchain est définie par Blockchain France comme « une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle ». C’est « une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne ». Quel rapport avec la question de la traçabilité ? La transparence de ce système, dont les données échangées sont accessibles à tous, permet de lutter contre l’opacité de la chaîne du produit. Mais aussi d’identifier rapidement des problèmes éventuels et de les résoudre dans un temps tout aussi court. La Blockchain est utilisée depuis quelques années pour la traçabilité de certaines denrées alimentaires : raisins de table en Afrique du Sud, filière qualité poulet de l’enseigne Carrefour, par exemple. Elle a été évoquée pour une éventuelle application aux produits de la ruche par l’ITSAP-Institut de l’abeille et le GPGR au cours de leur enquête auprès des acteurs de la filière apicole.

Tableau 3 : Résultats des acteurs interrogés sur la Blockchain

Après avoir présenté aux acteurs interviewés le principe de la Blockchain (que tous ne connaissaient pas), voici leurs impressions sur cette technologie. Si en théorie, cette innovation technologique peut apporter des réponses aux enjeux de traçabilité des produits de la ruche, en pratique sa mise en œuvre semble compliquée selon les intéressés. À première vue, elle est perçue comme une « usine à gaz » par beaucoup d’acteurs de la filière, outil lourd et complexe peu adapté aux apiculteurs. Un opérateur souligne que chaque structure devrait avoir des outils à son échelle : si les grandes structures ont les capacités de mettre en place la Blockchain, les acteurs de plus petite taille pourraient éprouver de réelles difficultés. Cette première enquête relative à l’application de la Blockchain à l’apiculture montre que c’est une technologie qui demande à être explorée davantage avant de pouvoir statuer sur  ses avantages et ses inconvénients.

D’autres interviewés imaginent des solutions alternatives, comme le QR Code. Mais là aussi les avis sont partagés. Il est davantage considéré comme un outil marketing qu’une technologie réellement adaptée à la traçabilité des produits de la ruche. En effet, les informations accessibles grâce aux QR Code sont souvent des informations visuelles (liens vers des vidéos, des photographies ou des cartes par exemple), souvent à vocation ludique, alors que les acteurs dans leur ensemble considèrent que les informations essentielles doivent être visibles de manière immédiate sur l’étiquette ou le packaging du produit.

Graphique 1 : Résultats de l’enquête en ligne auprès d’apiculteurs sur la mise en place de QR Code

Tableau 4 : Résultats des acteurs interrogés sur la mise en place de QR Code

Etiquette, dis-nous tout !

Le sujet de l’étiquetage lui aussi a fait l’objet de suggestions de la part des enquêtés. Certains sont favorables à la mention de l’origine géographique du produit, clairement identifiée ou encore à la clarification de l’information concernant le producteur. Deux tiers des apiculteurs-répondants souhaitent l’ajout d’une mention et/ou d’un logo officiel du type « producteur récoltant » ou un terme similaire (les modalités d’une mise en place éventuelle d’une telle mention n’ont pas été évoquées lors de l’enquête et pourront être étudiées plus tard). Cela permettrait en effet de clarifier « qui fait quoi » sur un produit donné. Des avis ont été émis en faveur de l’ajout de précisions sur l’origine, voire la mention de la région ou du département : plus de 80 % des acteurs enquêtés veulent que la liste de tous les pays d’origine du produit soit indiquée en cas de produit issu d’un mélange. Ces avis vont dans le sens des évolutions règlementaires en cours de discussion (voir l’article « Les produits de la ruche suivis à la trace _ Enquête sur les enjeux, les pratiques et les difficultés de la traçabilité »).

D’après les enquêtés, la règlementation en cours de discussion sur l’indication d’étiquetage des pays d’origine des miels issus de mélanges serait une avancée importante. Ils soulignent le flou actuel qu’impliquent les mentions « mélange de miels originaires de l’UE », « mélange de miels non originaires de l’UE », « mélange de miels originaires et non originaires de l’UE ». Outre cette avancée règlementaire, plusieurs acteurs soulignent l’importance d’y ajouter les pourcentages d’origine de chaque pays.  Et la nécessité d’étendre à terme cette réglementation, dont le champ d’application sera d’abord national, à l’échelle européenne. D’autres pays de l’Union ont d’ores et déjà rendu obligatoire dans leur pays l’affichage de la liste des pays d’origine sur l’étiquette des miels issus de mélanges.

Tableau 5 : Résultats des acteurs interrogés sur la nouvelle règlementation en cours de discussion 

Mais certaines voix, plutôt minoritaires, mettent en garde contre cette tentation du trop d’informations qui risque de perdre le consommateur.

Graphique 2 : Résultats de l’enquête en ligne auprès d’apiculteurs sur leur connaissance de méthodes / outils sur la traçabilité mis à disposition par différents acteurs techniques et scientifiques de la filière apicole

Tableau 6 : Bilan de l’étude sur la traçabilité du miel et de la gelée royale

Les échanges suscités par l’enquête ont ainsi permis de remettre à jour les enjeux de traçabilité des produits de la ruche et le chemin qui reste à parcourir. Lorsque les pratiques sont bien faites, le système de traçabilité en place répond aux exigences règlementaires. Mais lesmesures de traçabilité ne prémunissent pas à 100% la fraude qui reste toujours possible.Il est évident quela diversité des pratiques de traçabilité est liée à la diversité des acteurs, structurelle au sein de la filière apicole. La démarche de réflexion sur ces enjeux doit donc être collective pour répondre à la diversité des besoins des différents types d’acteurs de la filière.

Merci au groupe de suivi de cette étude pour leur participation : Alexis Ballis (ADAGE), Ludivine Forge (GPGR), Hélène Frey (ADA Occitanie), Eva Juge (ADAPI), Margaux Maurage (ADA Occitanie), Jennifer Méjean (AOP Miel de Corse), Alicia Teston (ADANA).

Auteurs : Mathilde Jorel (ITSAP), Cécile Ferrus (ITSAP), Julie Legrand (GPGR)

Contact : cecile.ferrus(a)itsap.asso.fr