Tester une innovation technique favorable à la survie hivernale des colonies – Projet InterAPI

Par Itsap-Com, le 21 mars 2017

INTERAPI-ALLIER

Grâce à une double approche s’appuyant sur une implication forte des agriculteurs et apiculteurs de la Beauce, les partenaires du projet InterAPI ont mis en évidence l’intérêt d’un aménagement du territoire qui intègre des cultures intermédiaires mellifères (CIM) favorables aux colonies.

Les besoins en ressources alimentaires (pollen, nectar) sont stratégiques à l’approche de l’hiver, au moment où les abeilles d’hiver apparaissent. Or dans les zones de grandes cultures dominées par les céréales, les plantes produisant de telles ressources peuvent être rares et clairsemées.

Partant de ce constat des apiculteurs, le projet InterAPI propose de mettre à l’épreuve sur le terrain des cultures intermédiaires mellifères (CIM) comme une solution technique pour améliorer le taux de pertes des colonies pendant l’hiver, qui peut dépasser 30 % certaines années. Une méthode d’accompagnement originale a permis d’étudier les relations entre les agriculteurs et les apiculteurs dans la zone, et plus précisément de tester l’usage commun qu’ils pourraient faire des CIM. Le dispositif expérimental d’envergure étudiant l’influence des CIM sur les colonies reposait sur la collaboration entre des cultivateurs céréaliers, des coopératives agricoles, des apiculteurs et des structures de recherche et de développement.

La Beauce devient un territoire expérimental pour l’abeille mellifère

Sur le plan agronomique, il s’agissait d’évaluer le développement des CIM entre la récolte d’une culture de céréale d’hiver et le semis d’une culture de printemps, de vérifier la faisabilité technico-économique de son implantation et de s’assurer de son effet « piège à nitrates ».

Sur le plan apicole, le dispositif permettait d’étudier le développement et la vitalité des colonies bénéficiant ou non de ressources alimentaires à l’automne.

Les coopératives et une société semencière fournissaient les graines, les  agriculteurs  cultivaient les CIM et les apiculteurs mettaient à disposition de l’étude leurs ruchers. Pour les deux années du suivi (2012 et 2013),  quatre secteurs expérimentaux comprenaient chacun 2 sites de 700 ha s’apparentant à celui d’une aire de butinage. Ces 2 sites étaient espacés d’environ 6 km. Sur l’un des 2 sites, dit « site mellifère »,  des CIM étaient implantées  sur au moins 30 h. L’autre site, sans CIM, était le site témoin.

La composition du couvert mellifère « InterAPI »

La CIM testée était un mélange majoritairement attractif pour les abeilles (espèces nectarifères et/ou pollinifères) composé pour moitié de légumineuses, et le reste d’avoine, de moutardes blanche et brune, de tournesol et de phacélie. Ainsi la principale recommandation technique donnée aux agriculteurs était de semer la CIM le plus tôt possible après la moisson sur les sites mellifères : entre fin juillet et tout début août au plus tard. Sur les sites témoins, dits « non-mellifères », l’objectif était au contraire de ne pas favoriser les cultures intermédiaires contenant des plantes attractives. Préalablement, agriculteurs et apiculteurs se sont entendus pour élaborer un cahier des charges commun.

Ces travaux mettent en avant plusieurs recommandations pour conjuguer cultures intermédiaires et attractivité pour les abeilles mellifères :

  • Choisir des plantes attractives ;
  • Semer tôt les couverts pour obtenir leur floraison précoce ;
  • Choisir des espèces, voire des variétés précoces ;
  • Porter attention à l’itinéraire technique pour gérer les chaumes et favoriser des sols frais, la profondeur et le rappuyage des graines après semis ;

Deux outils d’aide à la décision

Les résultats, acquis lors des phases expérimentales et bibliographiques, ont fait l’objet d’une analyse complémentaire ayant abouti à la création de deux outils d’aide à la décision, à destination des conseillers agricoles, agriculteurs et apiculteurs : 1/ un modèle ajustant le délai semis-floraison à une période favorable au butinage à l’automne (figure 1), et 2/ un site internet rassemblant une quarantaine d’espèces végétales et décrites selon des caractéristiques mellifères et agronomiques.

Interapi-BAT-Blog

Figure 1 : Capacité d’une plante semée en CIM à atteindre la floraison dans des conditions favorables au butinage en fonction du lieu et de la date de semis. La date médiane de début de floraison a été calculée en prenant en compte 6 dates de semis potentielles (1° juillet, 16 juillet, 1° août, 16 août, 1° septembre, 16 septembre) et 5 niveaux d’exigences en températures (500, 700, 900,1100 et 1300°J base 0). 500°J est adapté au sarrasin ou à la caméline. La gamme 700-1100°J est adaptée à des espèces plus tardives comme les moutardes, le radis précoces, la gesse, le fénugrec. Les espèces les plus tardives exigent 900-1300°J comme le trèfle d’Alexandrie, le niger, les vesces, le tournesol, la phacélie.

Carte-Interapi-BAT-Blog

 

Les travaux menés pendant trois années mettent bien en évidence la pertinence de la concertation entre acteurs du territoire pour construire des actions d’aménagement qui portent leurs fruits sur la protection des abeilles. Cette co-conception de solutions a été permise en favorisant les échanges, soit par l’expérimentation, soit par des mises en situation où chaque acteur a pris connaissance des contraintes respectives inhérentes aux métiers.

Ainsi, le changement de pratiques passe nécessairement par une phase de connaissance et reconnaissance mutuelles des acteurs locaux qui peut se concrétiser par l’adhésion des apiculteurs à des groupements d’agriculteurs.

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