Santé des abeilles : évaluer le risque lié aux pesticides après leur mise sur le marché

Par Itsap-Com, le 17 avril 2019

L’observatoire des résidus de l’ITSAP fournit régulièrement à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) des données d’exposition des abeilles aux pesticides. Comment sont utilisées ces informations ? Éléments de réponse avec Thomas Quintaine, coordinateur d’études et de projets sur le volet santé animale et biodiversité au sein de l’unité de phytopharmacovigilance de l’ Anses.

Quel est l’objectif de l’unité de phytopharmacovigilance ?

Les produits phytopharmaceutiques peuvent présenter des risques pour la santé humaine, des écosystèmes et des organismes vivants qu’il convient d’identifier afin de les surveiller. Dans ce contexte, la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014 a confié à l’Anses, avec la gestion des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, la création d’un dispositif de phytopharmacovigilance. L’objectif est de détecter au plus tôt les signaux qui peuvent amener à prendre des mesures de prévention ou de limitation des risques liés aux produits phytopharmaceutiques si ces signaux sont confirmés.

Cette mission s’organise autour de 3 piliers : un réseau d’organismes de surveillance ou de vigilance, des études ad hoc et le recueil de signalements spontanés. L’Itsap trouve donc naturellement sa place dans ces 3 piliers.

Quel type de données vous fournit l’Itsap et qu’en faites-vous ?

Thomas Quintaine : l’Anses délivre des autorisations de mise sur le marché (AMM) pour tous les pesticides, renouvelables en règle générale tous les 10 ans. Dans ce cadre, les informations recueillies par l’Itsap permettent aux Directions de l’Anses d’avoir accès à des données sur la contamination des matrices apicoles, qui résultent de l’utilisation effective de ces produits par les agriculteurs. L’Itsap peut également alerter l’Anses sur des effets observés par lui-même ou ses partenaires sur le terrain. Nous instruisons ces alertes, nous les documentons pour établir des liens ou pas avec les produits appliqués sur le terrain, avec un effet éventuel sur l’AMM.

Á quelle fréquence échangez-vous avec l’Itsap ?

T.Q. Grâce à son observatoire, l’Itsap constitue une base de données, qui reste sa propriété et celle de ses partenaires sur les projets (souvent les ADA et l’INRA). Cet outil informatique, appelé IODA, est central pour la surveillance de la santé des abeilles. C’est nous qui les sollicitons lorsque nous avons des besoins spécifiques. Ils nous fournissent les données mais bien plus puisqu’ils amènent également toute leur expertise sur le sujet. Nous pouvons aussi leur commander des études afin d’aller plus loin dans les investigations.

Un exemple ?

T.Q. Oui, l’étude Tox Pollen. Cette étude qui a été proposée par l’UMT Prade, est maintenant coordonnée par l’Itsap et implique également le CNRS (CEBC de Chizé) et l’INRA (UE APIS et UR AE). Conduite dans la zone atelier plaine et val de Sèvres (Deux-Sèvres), elle étudie la contamination du pollen collecté par les abeilles et rapporté à la colonie. L’INRA et le CNRS ont mis en place un rucher observatoire, nommé Ecobee, et des échantillons de pollens ont été collectés de 2009 à 2018. L’étude couvrant près de 900 échantillons va maintenant rechercher la présence de produits phytopharmaceutiques dans ces pollens, puis croiser ces analyses avec le suivi des pratiques agricoles et la santé des abeilles sur la zone.

Les résultats issus de l’observatoire de l’Itsap peuvent-ils influer sur les avis rendus par l’Anses ?

T.Q. Oui, ce fut le cas récemment. Le ministère de l’Agriculture nous a saisis afin d’évaluer l’efficacité de la réglementation concernant l’application des produits phytosanitaires pour protéger les abeilles. Éviter, par exemple, d’avoir recours aux insecticides pendant la période de floraison. La direction d’évaluation des produits réglementés de l’Anses nous a demandé de lui fournir des données, qui montraient une forte contamination des matrices par les fongicides. L’Anses a donc émis un avis, publié fin 2018, pour proposer d’étendre les interdictions spécifiques à l’ensemble des pesticides : fongicides, insecticides et herbicides. Cet avis a été transmis au ministère de l’Agriculture qui prend la décision finale. Nos deux structures sont donc extrêmement complémentaires.

Consulter l’avis de l’Anses relatif à l’évaluation des dispositifs de protection de l’abeille : https://www.anses.fr/fr/content/protection-des-abeilles-l%E2%80%99anses-%C3%A9met-des-recommandations-afin-de-renforcer-le-cadre, et l’avis en tant que tel.

Pour en savoir plus sur les objectifs de la phytopharmacovigilance chez l’abeille, vous pouvez lire un récent article publié par l’Anses. Ce texte souligne le rôle crucial de l’observatoire des résidus coordonné par l’ITSAP et mis en œuvre sur le terrain par les ADA : https://vigilanses.anses.fr/sites/default/files/VigilAnsesN8_Juin2019_Phytopharmacovigilance_Abeilles.pdf