Un réseau d’exploitations de références pour mieux connaître le fonctionnement des exploitations apicoles professionnelles

Par Itsap-Com, le 2 février 2017

Figure 1 : Années d'enquêtes et effectifs enquêtées par région depuis 2011

Figure 1 : Années d’enquêtes et effectifs enquêtées par région depuis 2011

Le réseau de référence sur la filière apicole professionnelle a été mis en place en 2012. Son objectif est d’avoir une vision de l’apiculture professionnelle française dans sa diversité, de fournir des éléments d’aide à la décision aux apiculteurs, aux techniciens, aux responsables régionaux et nationaux, ainsi que d’enrichir les données disponibles pour les centres de formations. Ce réseau doit permettre, par une approche globale de l’exploitation, d’adapter les conseils et les mesures aux situations individuelles (installation, réorientation…), ainsi que de suivre l’évolution des systèmes. (Alanore & Mialot, 2015).

Au total, 81 exploitations différentes ont été enquêtées de 2013 à 2016, leur répartition est présentée sur la carte ci-contre. En 2016, 53 apiculteurs ont été enquêtés par 10 ADA et le GPGR sur leur saison 2014, ils sont répartis dans 13 régions. L’échantillon ne se veut pas représentatif de l’apiculture française mais a l’objectif, à terme, de représenter la diversité des systèmes présents sur le territoire. Les données issues de ce réseau sont complémentaires de celles de l’observatoire de la production du miel et de la gelée royale mis en place par FranceAgriMer. L’historique du projet est présenté dans la frise ci-dessous.

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Figure 2 : Historique du réseau d’exploitations apicoles de référence

Les données d’enquêtes portant sur les saisons 2011 à 2013 ont permis de produire des résultats, nous vous en présentons certains ci-dessous. Dans un premier temps, nous avons divisé les apiculteurs en 4 catégories :

  • les producteurs de gelée royale, pour lesquels la vente de gelée royale constitue au moins 30% du chiffre d’affaires (CA),
  • les producteurs de miel orientés vente en « vrac » (fut),
  • les producteurs de miel orientés vente en pots, avec au moins 25% de vente en direct,
  • et les producteurs de miel avec une commercialisation « mixte ».

Dans les figures présentées ci-dessous, ces profils seront désignés par : « GR », « Vrac », « Pots » et « Mixte ».

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Figure 3 : Nombre de colonies hivernées par UTH

Les apiculteurs de l’échantillon ont tous au moins 5 années d’expérience en apiculture, la moitié est installée depuis plus de 15 ans.

Cheptel des exploitations
Les exploitations enquêtées ont entre 170 et 2500 colonies[1] hivernées. Le nombre de colonies hivernées par UTH (Unité de Travail Humain) varie de 60 à 921 colonies par UTH , avec une médiane à 252 colonies hivernées par UTH. Les exploitations qui vendent du miel en vrac ont globalement un nombre de colonies hivernées par UTH supérieur : 333 en médiane, contre 230 colonies pour ceux qui vendent en pot, et 252 colonies en gelée royale.

Les taux de pertes hivernales sont en médiane de 18%, 16%, et 15% respectivement en 2011, 2012, et 2013. Ces pertes sont très variables d’une exploitation à l’autre et selon les années, comprises entre 2% et presque 60% des colonies hivernées.

 

Production et commercialisation du miel et de la gelée royale

OTE-5L’échantillon enquêté représente une production annuelle de 470 et 674 tonnes de miel, soit, en comparaison à la référence de FranceAgriMer de 2014, 5,6 à 8% des 8 400 tonnes de miel produit par les exploitations de plus de 150 ruches (4 à 5,8 % des 11 600 tonnes en 2010). Selon les années, dans notre échantillon, 55 à 71% de la production est vendue en gros, 10 à 15% au détail, le reste en demi-gros[2]. (Tableau ci-contre).

13 exploitations orientées gelée royale ont été enquêtées en 2013. Elles ont produit 377 kg de gelée royale, 27% ont été vendus en gros, 63% en demi-gros, et 9% au détail. Seulement 2 et 6 exploitations en gelée royale avaient été enquêtées respectivement en 2011 et 2012.

OTE-6Les rendements :
Rendement en miel par colonie hivernée en année n-1

Pour les producteurs de miel, les rendements sont très variables d’une année à l’autre, en particulier pour les exploitations orientées vente en vrac : de 37kg par colonie hivernée en médiane en 2011, contre 18 en 2013. Le rendement par ruche hiverné est en moyenne, sur les trois années, tout profil confondu, de 23,5 kg/colonie hivernée.

Les producteurs de miel visent en général 5 ou 6 miellées différentes (jusqu’à 10).

 

 

Rendements de quelques miellées :

Le tableau ci-dessous présente les rendements à la ruche de quelques miellées, par année, selon les données d’enquête.

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Nous pouvons constater une forte diminution du rendement sur colza et acacia : 10 kg par colonie mise en production en 2011 contre 5 kg en 2013 pour le colza.

Rendement en gelée royale :

OTE-8En gelée royale, les rendements sont très variables selon le niveau de technique des apiculteurs, mais sont moins dépendants du climat et de l’état de la végétation cultivée et sauvage. Le rendement médian sur les 9 exploitations enquêtées en gelée royale est de 1,05 kg par ruche mise en production, il varie de 0,35 à presque 1,5 kg par ruche mise en production pour la gelée royale sur les trois années d’enquête.

Marché : prix de vente du miel et de la gelée royale
Tous les prix sont exprimés en Hors Taxe

Les prix des produits vendus dépendent des voies de commercialisation, des miellées, et des labels.

Les apiculteurs orientés vrac ont un prix de vente de leur miel beaucoup plus faible que les autres apiculteurs : presque 5 euros par kg en médiane contre presque 9 euros par kg sur les trois années.

Le tableau ci-dessous détaille les prix de vente HT de quelques miels selon la voie de commercialisation en 2011, 2012, et 2013.

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Les prix du miel ont augmenté chaque année de 2011 à 2013 (de 0,30 euro puis de 0,50 euros par kg en moyenne). Les années 2012, 2013, et 2014 ont été marquées par des productions de miel faibles en France et probablement un épuisement des stocks, ce qui explique cette augmentation des prix qui s’est poursuivie en 2014.

Le tableau ci-dessous présente les médianes des prix HT observés pour la gelée royale, en euros par kilo. Les effectifs de chaque catégorie sont indiqués entre parenthèse.

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Impact des signes de qualité sur les prix de vente :

Le signe de qualité Agriculture Biologique semble avoir un impact significatif sur les prix du miel (+0,8 euros par kg en moyenne), peu importe la voie de commercialisation. Nous ne disposons pas des données suffisantes pour déterminer l’impact des autres labels sur le prix du miel.

Pour la gelée royale, nous avons pour le moment encore peu de données. Aussi, les premiers résultats ne nous permettent pas de conclure à un impact de la certification AB sur le prix de vente de la gelée royale.

Il faut noter que tous les apiculteurs enquêtés en régions Corse et PACA ont un signe de qualité, IGP « Miel de Provence », « Label Rouge », et/ou mention « montagne » en PACA, et « AOP Miel de Corse » en Corse.

Perspectives

Ces résultats sont issus d’un travail avec l’ADAAQ, l’ADAM, l’ADAPRO-LR, l’ADAPIC, l’ADARA, le CERD (ADAB), l’ADAA, le Syndicat AOP « Miel de Corse », l’APPNP,  le GIE Elevages Bretagne/l’ADA Bretagne, l’ADAFC, l’ADAPI, et le GPGR. Nous les remercions pour leur engagement, ainsi que les apiculteurs qui ont accepté de donner de leur temps pour aider la filière à acquérir des données de références sur le fonctionnement des exploitations apicoles professionnelles.

Ce document ne présente qu’une partie des informations collectées auprès des apiculteurs, la suite sera publiée ultérieurement. Les thématiques abordées sont larges afin de considérer l’exploitation dans sa globalité. Les informations portent entre autre sur les ressources de l’exploitation (main d’œuvre, bâtiments, matériel), le renouvellement du cheptel, les aspects sanitaires, et les aspects économiques (chiffres d’affaires, charges, marges brutes…).

La poursuite de ces enquêtes pourra permettre de répondre à diverses attentes de la filière. Outre la mise à disposition de références pour les apiculteurs, ce réseau pourra par exemple apporter des éléments pour comprendre l’impact des pertes hivernales sur les rendements et le résultat économique des exploitations. Ce réseau représente un véritable atout pour l’ensemble de la filière, comme c’est le cas pour les autres filières d’élevage. Il est amené à évoluer en fonction de l’implication et des attentes des différents acteurs.

[1] Le terme de colonie intègre les ruches et ruchettes
[2] Les ventes via des groupements de producteurs ont été intégrées aux ventes en demi-gros (2 à 3% des volumes totaux vendus)