Réduire l’exposition des abeilles aux fongicides

Par Itsap-Com, le 9 juin 2017

Suite à des constats de troubles et de dépopulation des colonies au printemps, lors de la floraison du colza, l’ADA Franche-Comté a mis en place une expérimentation sur l’exposition des abeilles aux fongicides. Après plusieurs années d’observation et de tests, des rencontres entre agriculteurs et apiculteurs sont organisées afin de trouver des pratiques acceptables pour les deux parties.

Jean-Baptiste Malraux est salarié de l’ADA Franche-Comté depuis 2004 et s’occupe de toutes les actions menées auprès des apiculteurs : formation, appui à l’installation, suivi de techniques de production, observations technico-économiques et expérimentations. Depuis 2010, Il a participé à différentes études conduites depuis 2010 sur l’exposition des abeilles aux matières actives dont les fongicides ces dernières années.

Sous quel angle avez-vous abordé ces études ?

J.B. Malraux : Nous n’avons pas abordé les fongicides sous l’aspect toxicologique. Nous ne sommes pas « outillés » pour ça ! Nous avons tenté de répondre à la question de la réduction de l’exposition des abeilles , sans culpabiliser les agriculteurs, en prenant en compte leurs pratiques encadrées par une réglementation précise.
Lors des premières études de 2010 à 2012 avec l’ITSAP, l’ANSES et le CETIOM, ainsi que la Chambre Régionale d’Agriculture, nous avons constaté dans les pollens de trappes :

  • la présence de nombreuses matières actives (insecticides, fongicides,…)
  • un pic d’exposition lors de la floraison du colza
  • la persistance des matières actives dans les pollen (3 semaines pour un fongicides. Mais il manquait des éléments pour en tirer des conclusions : l’origine parcellaire des matières actives, les dates d’applications des traitements, les doses ha, la présence ou non de mélanges,… Il fallait également mesurer précisément le niveau de contamination des pollens en relation étroite avec les pratiques.

Vous avez alors commencé une collaboration avec certains agriculteurs…

J.B.M. Oui en toute transparence, sur des secteurs bien délimités (en zone de plaine ou de plateau), avec des parcelles de colza isolées dans un rayon de 2 km et comportant un rucher Les agriculteurs participants nous ont fourni toutes les données concernant les traitements appliqués sur les parcelles, à savoir, produits, dose ha, date et heure d’application. Nous avons étudié deux modalités d’application des fongicides, tôt le matin et tard le soir en effectuant des prélèvements quotidiens de pollen avec les trappes. Nous avons fait le choix de ce calendrier serré, pour être le plus précis possible. En effet, en saison les apiculteurs passent visiter leurs ruches une fois par semaine. Ce n’est pas assez précis pour constater la date d’apparition des troubles dans les colonies.

Qu’avez-vous constaté ?

  • L’absence de matières actives fongicides avant application des traitements
  • Parfaite concordance entre matières actives utilisées et matières actives appliquées
  • Concomitance entre le pic d’exposition aux matières actives et le jour de l’application des traitements (tard le soir ou taux le matin).
  • Une moindre quantité de matières actives le jour du traitement, dans les applications tard le soir

Où en êtes-vous actuellement ?

Nous organisons des journées de rencontre entre agriculteurs et apiculteurs afin que chaque partie expose ses itinéraires et les enjeux réciproques, qui sont souvent méconnus. L’objectif est de développer des synergies entre les deux activités, dans une ambiance apaisée, en rappelant aux agriculteurs que les pollinisateurs sont des alliés. Encore une fois, il ne s’agit pas de les culpabiliser, ils ne sont pas responsables de la toxicité des molécules. Mais ils peuvent modifier leurs itinéraires techniques, notamment au niveau des heures d’application, afin de minimiser l’exposition des insectes.