Projet IODA : une base de données attendue

Par Itsap-Com, le 2 février 2017

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Marion Guinemer est technicienne à l’ADA AURA (Auvergne-Rhône-Alpes). A ce titre, elle travaille sur des projets coordonnés avec l’ITSAP, notamment sur l’observatoire des résidus de pesticides et l’affaiblissement des colonies. Grâce à cela, elle participe à constituer la base de données IODA, un outil essentiel et unique pour mieux comprendre les problèmes touchant les colonies.

Inutile d’essayer de rencontrer Marion Guinemer à son bureau pendant la saison apicole, elle est sur le terrain pour effectuer des relevés, notamment sur le suivi des colonies dont elle a la responsabilité ! D’avril à fin août, elle part sur les routes et collecte des données qui alimenteront la base de données IODA. Elle se rend sur les ruchers également pour enquêter en cas de mortalité ou d’affaiblissement des colonies. « Dans ces cas-là, on lâche tout, reconnait-elle ! On se rend le plus vite possible sur le terrain pour réaliser des prélèvements que l’on envoie ensuite aux laboratoires pour faire des analyses sur les toxiques ou les pathologies. Il faut être très réactif. »

Comme ses collègues, elle profite ensuite des mois plus « calmes » pour assurer tout le travail de restitution et de traitement des données.

Comment effectuez-vous vos relevés ?

Marion Guinemer : Toutes les ADA travaillent selon des protocoles communs, justement pour pouvoir ensuite consolider les données et en tirer une analyse représentative. Par exemple, nous utilisons la méthode ColEval qui sert à mesurer la structure des colonies.

Donnez-nous des exemples de ce que vous mesurez…

M.G. Au-delà des mesures de structure des colonies, nous collections différentes matrices apicoles. Moi, je m’intéresse par exemple à la présence de toxiques dans le pollen pour mesurer  l’exposition des abeilles aux pesticides. Un de mes collègues qui travaille davantage sur le varroa réalise des comptages de varroa phorétique sur les abeilles dans le cadre de test d’efficacité  de méthode de lutte.

Comment ?

M.G. Pour mesurer la structure de la population, nous observons, cadre par cadre et face après face : le nombre d’abeilles, le pourcentage d’occupation en pollen, en couvain, en miel. En répétant cette observation dans le temps, cela nous permet de mesurer le dynamisme des colonies suivies.

La mise en commun de ces données consolidées dans le projet IODA est très importante car nous disposons d’informations pour l’Auvergne et Rhône-Alpes, mais nous n’avons pas de visibilité sur ce qui se passe dans les autres régions. Avec IODA, nous aurons accès à des éléments de réponse. Si, par exemple, nous soupçonnons une corrélation entre une molécule détectée et un affaiblissement de colonie : est-ce qu’on relève le même problème ailleurs ? IODA permettra cette transversalité. Dans notre région nous avons eu l’an dernier un souci au niveau de la qualité des cires avec une présence importante de toxiques. Avec IODA, ce sera intéressant de voir si des prélèvements réalisés dans le cadre d’expérimentations coordonnées par l’ITSAP montrent un impact de la qualité des cires sur le dynamisme des colonies ou des effets négatifs sur la production.

Au-delà des prélèvements, avez-vous d’autres missions ?

M.G. Oui, je réalise des actions de sensibilisation auprès d’apiculteurs : comment déclarer un trouble ou repérer une intoxication. Je mène aussi de la veille sur les cultures soumises à traitements obligatoires. Lorsque les pesticides sont appliqués, nous prévenons les apiculteurs pour qu’ils prennent des dispositions. J’interviens également auprès d’agriculteurs, dans les lycées professionnels, les Chambres d’agriculture ou des colloques. L’objectif est de parler des problématiques de l’abeille et d’envisager avec tous ces interlocuteurs des changements de pratiques.