Projet DEPHY-Abeille, études de cultures économes en pesticides et favorables aux abeilles

Par Itsap-Com, le 27 septembre 2019

Le projet « DEPHY-Abeille » a été mené dans le cadre du programme de recherche Ecophyto DEPHY EXPE. Il visait à concilier des objectifs multiples de production agricole, apicole et de préservation de la biodiversité d’insectes pollinisateurs, selon les principes de durabilité des systèmes.

Dans les agro-systèmes céréaliers, la bonne santé des colonies d’abeilles domestiques et la durabilité économique des exploitations apicoles reposent principalement sur la disponibilité en ressources mellifères à proximité des colonies et sur l’absence de contamination dans leur alimentation ou leur environnement. Cette alimentation en nectar et pollen doit être abondante et diversifiée, à la fois à l’échelle du territoire et disponible tout au long de la saison de février à fin octobre.

Évaluer les changements de pratiques agricoles

Un des objectifs du projet DEPHY-Abeille (2013-2018), mené par un collectif d’acteurs (INRA, CNRS, Chambre d’agriculture 79 et ITSAP-Institut de l’abeille), était d’évaluer des changements de pratiques agricoles en vue de concilier productions agricoles, rentabilité économique et conservation des insectes pollinisateurs et notamment des abeilles domestiques sur la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre (79).

Au cours des 10 dernières années, nous avons pu démontrer que l’abeille domestique, dans les régions de grandes cultures en plaine, souffre d’une véritable disette alimentaire entre les périodes de floraisons massives du colza (avril) et celle du tournesol (juillet). Ainsi, en mai et juin, le régime alimentaire pollinique de l’abeille domestique peut être constitué de 60% de pollen de coquelicot, une messicole faisant l’objet, avec d’autres, de programmes de désherbage par les agriculteurs. Comment maintenir une flore spontanée diversifiée dans les cultures ? A priori, en réduisant l’utilisation des herbicides. Est-ce acceptable pour les agriculteurs ? Peut-être, si l’on démontre qu’une augmentation des pollinisateurs peut favoriser les rendements d’autres cultures, comme le colza et le tournesol. En retour, peut-on espérer que des superficies importantes de ces cultures soient favorables aux miellées, et donc aux apiculteurs ?

Au cours du projet, plus d’une dizaine d’ateliers d’accompagnement et de concertation a pu réunir une cinquantaine d’acteurs (cultivateurs, polyculteurs-éleveurs et apiculteurs). Lors de ces ateliers de « mise en situation », les participants avaient pour objectif de conduire leurs cultures, en conservant la possibilité de traiter chimiquement contre les adventices, les pathogènes et les ravageurs des cultures.

Cette étape « en salle » s’est révélée importante pour tous les acteurs. Ils ont en effet appris à produire ensemble sur un même territoire, donc à générer des compromis dans leur stratégie d’exploitation. Ce temps d’échange a aussi permis d’exposer l’état et le manque de connaissances.

Un test avec 9 agriculteurs volontaires

Avec un réseau de 9 exploitants agricoles volontaires, nous avons testé puis évalué des changements de pratiques au sein de leurs itinéraires techniques. Ceux-ci visaient à favoriser l’expression de la flore adventice messicole des cultures comme ressource alimentaire complémentaire des insectes pollinisateurs dans les parcelles, tout en répondant aux objectifs Ecophyto de baisse de l’indice de fréquence de traitement (IFT) et à assurer une rentabilité économique pour l’exploitant.

Afin de favoriser l’expression de la flore messicole, il était proposé aux agriculteurs :

  • Sur céréales à paille, de diminuer conjointement les herbicides anti-dicotylédones et les apports d’azote.
  • Sur les cultures mellifères et pollinifères, de minimiser les risques d’exposer les insectes à des matières actives toxiques en adoptant les bonnes pratiques de traitement, de faire l’impasse sur des insecticides et fongicides de printemps et de ne pas avoir recours à des insecticides de la famille des néonicotoinoïdes au sein de la succession.
  • Sur le tournesol, de limiter le binage en cours de culture.

Les changements de pratiques et leur amplitude étant laissés au choix des agriculteurs, ceux-ci ont été très variables. Ils ont concerné très majoritairement une réduction de la dose d’azote. Les réductions testées n’ont cependant pas permis l’expression systématique de la flore adventice dans les céréales à paille.

En conclusion :

Les actions menées au travers du projet DEPHY-Abeille ont permis de concrétiser et d’explorer de nombreuses pistes de recherches ouvertes par l’UMT PrADE et ses partenaires les années précédentes sur la Zone atelier Plaine & Val de Sèvre : en particulier par l’acquisition de très nombreuses données, références et de nouvelles connaissances sur les relations entre les abeilles et la production végétale ou plus largement la prise en compte de ces insectes dans les systèmes de culture.

Enfin, le positionnement de ce projet, à mi-chemin entre les dispositifs EXPE et FERME, révèle l’importance de l’accompagnement des acteurs sur le terrain dans leurs stratégies de changement de systèmes. Ce lien fort entre le conseiller et l’agriculteur est un gage de l’atteinte des objectifs ECOPHYTO. Un lien efficace si l’investissement est fort et systémique à l’échelle des structures techniques et de développement, et associé à des partenariats solides créés avec la recherche plus fondamentale.

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