Premier bilan du conventionnement ITSAP/TSA/vétérinaire

Par Itsap-Com, le 26 juin 2019

La santé de l’abeille domestique et en particulier le traitement contre varroa sont une priorité en apiculture. Alors que dans les élevages traditionnels (bovins, porcins etc.) il est classique d’avoir recours à un vétérinaire en cas de problème sanitaire, avant les problèmes de surmortalité qui impactent les colonies d’abeilles partout dans le monde depuis une vingtaine d’années les vétérinaires étaient très peu impliqués dans les élevages apicoles (Vidal-Naquet et Roy, 2014 [1] ).

Une spécialisation en « Apidologie et pathologie apicole » est dispensée depuis 2006 à l’Ecole vétérinaire de Nantes (Oniris) pour former les praticiens à cet élevage particulier et ses problématiques spécifiques et sanctionné par l’obtention d’un Diplôme inter-écoles (DIE).

L’engagement des vétérinaires dans le sanitaire apicole

Dans le cadre de l’élevage, la responsabilité de certains actes est réservée au vétérinaire (diagnostic, prescription, délivrance de médicaments) mais certains actes peuvent être délégués à l’éleveur, ou encore à un technicien sanitaire encadré par un vétérinaire. La Note de Service du 15 mars 2016 [2] dresse l’état des lieux des missions en apiculture que peuvent effectuer les vétérinaires mandatés, les vétérinaires praticiens et les techniciens sanitaires apicoles (TSA dans le cadre d’un conventionnement avec un vétérinaire). Mais la profession vétérinaire est amenée à intervenir à plusieurs niveaux : l’examen clinique et le diagnostic, la pharmacologie, la sécurité sanitaire et la santé publique (Vidal-Naquet et Roy, 2014 [3]). En expérimentation animale les vétérinaires sont impliqués pour assurer le respect du cadre réglementaire et les conditions de bien-être animal.

Pour autant l’intérêt des vétérinaires pour l’apiculture et les activités de R&D va grandissant. Si la profession vétérinaire nécessite des références et des résultats d’expérimentation en apiculture (produits par les organismes de recherche mais aussi par les Associations de développement de l’apiculture (ADA) ou la Fédération des organismes sanitaires apicoles départementaux (FNOSAD)), l’Ordre des vétérinaires et la commission apicole de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) ont aussi rencontré le bureau de l’ITSAP-Institut de l’abeille dès 2016 afin de construire un nouveau partenariat. Suite à ces rencontres, l’ITSAP-Institut de l’abeille a souhaité expérimenter l’implication d’un vétérinaire dans ses activités relatives au sanitaire apicole. Le premier objectif visé est la recherche de la synergie entre les compétences techniques de l’ITSAP, acquises lors des années de veille scientifique et d’essais sur varroa, et les compétences sanitaires acquises lors du cursus vétérinaire.

En s’adressant au Groupement technique vétérinaire (GTV) régional, l’ITSAP a été conseillé pour contacter un vétérinaire de la région diplômé du D.I.E. apicole. Julien Vallon, responsable « Bio agresseur » de l’ITSAP ayant suivi la formation du D.I.E. apicole, lui conférant le statut de Conseiller technique sanitaire apicole (CTSA), son statut de TSA était acquis d’office [4]. Une convention tripartite s’inspirant d’un modèle de convention vétérinaire / TSA a été rédigée pour intégrer l’ITSAP en tant qu’employeur du TSA, dont les missions sont encadrées par le vétérinaire. De plus les missions du TSA, inscrites dans la convention, ne concernent pas les missions généralement dévolues aux TSA mais celles nécessaires à sa profession à l’ITSAP. Les termes de cette convention ont été soumis à l’avis de l’Ordre des vétérinaires qui ne l’a pas dénoncé. Ainsi, la convention tripartite entre le vétérinaire, le TSA et l’ITSAP a été signée en mai 2018.

Les différents organismes vétérinaires impliqués en apiculture

L’Ordre des vétérinaires assure un rôle administratif, réglementaire, disciplinaire, social, ainsi qu’un rôle de représentation de la profession et un rôle éthique [5].

L’Oniris est une des 4 Ecoles nationales vétérinaires (ENV) en France, écoles publiques dépendantes du ministère chargé de l’agriculture. Située à Nantes elle délivre un Diplôme inter écoles (D.I.E.) en Apidologie et pathologie apicole. Cette formation initialement dispensée conjointement par l’ENV de Maisons-Alfort et l’ENV de Nantes s’adresse à des vétérinaires diplômés souhaitant se spécialiser en apiculture. L’obtention du D.I.E. est nécessaire au vétérinaire pour être mandaté par les services de l’Etat et intervenir sur les missions réglementées (comme lors de suspicions de danger sanitaire de catégorie 1 ou de mortalité aigue d’abeilles) lorsque ces derniers ne disposent pas d’agents spécialisés en interne.

La SNGTV et sa commission apicole : la SNGTV, permet l’échange et la circulation d’information à tous les échelons de la profession vétérinaire au travers ses différentes commissions spécialisées et par la formation continue en organisant des journées techniques destinées aux vétérinaires. Elle est entre autre membre de la Plateforme d’Epidémiosurveillance animale (Plateforme ESA) et du Réseau français de santé animale (RFSA). Basée à Paris, ses actions sont relayées au niveau régional par les Groupements techniques vétérinaires (GTV).

Partenariat entre un vétérinaire et l’ITSAP

L’implication du docteur vétérinaire S. Hoffmann dans les activités de l’ITSAP a pris forme selon trois principales façons.
D’abord par un appui dans la démarche d’expérimentation, en tenant un rôle d’encadrement et d’expertise réglementaire plutôt que dans l’établissement de protocoles, un domaine dans lequel les ADA et l’ITSAP disposent déjà de l’expérience et des compétences nécessaires :

  • Par l’expertise des protocoles afin de bien prendre en compte les différentes approches nécessaires dans l’évaluation des traitements anti-varroa testés, comme l’efficacité mais aussi l’impact sur les colonies ;
  • En se constituant intermédiaire pour l’acquisition des médicaments à testés, mais aussi pour l’emploi d’un traitement de contrôle ;
  • Enfin les comptes rendus lui sont proposés pour relecture afin d’avoir son avis entant que responsable des actes réalisés lors de l’expérimentation ;

Ensuite pour tout ce qui a trait à l’expertise en lien avec le sanitaire, S. Hoffmann a été consulté :

  • Sur l’exonération d’ordonnance, la prescription délivrance, et les questions d’ayant droit du médicament, selon l’actualité ;
  • Sur la pharmacovigilance : avec un accompagnement lors de la soumission des dossiers de déclaration (MAQS, Api Bioxal) et afin d’argumenter au mieux ;
  • Lors de la rédaction d’articles sur le sujet sanitaire : « actions des ADA dans le sanitaire »
  • Dans le cadre de la sollicitation de l’ITSAP pour la mise en place d’un plan de surveillance de l’arrivée de Varroa en Nouvelle Calédonie ;
  • Pour la mise à jour du catalogue de formation de l’ITSAP, sur les sujets traitant des pathologies et plus largement du sanitaire ;
  • Pour ses retours d’expérience sur ses interactions avec les apiculteurs et les structures apicoles : interventions devant des adhérents de GDS, ses contacts avec des apiculteurs professionnels ou de loisir (dans le respect du secret professionnel), ses interventions sur des cas de mortalité etc. ;

Enfin, comme il était prévu dans la convention, S. Hoffmann réalisait les interventions nécessaires au bon fonctionnement du rucher expérimental de l’ITSAP par :

  • La délivrance des médicaments contre varroa ;
  • Le suivi d’une déclaration de mortalité sur un rucher, signalé à la DDPP ;
  • Le contrôle sanitaire lors de l’expédition de reines ainsi que la prise de contact avec la DDPP quant à la procédure à suivre lors de l’expédition de reines hors de nos frontières.

Au travers de ses différentes implications, le rôle du vétérinaire s’est révélé être plus enclins à une expertise et un accompagnement sur les aspects réglementaires et moins sur les aspects scientifiques, pour lesquels l’ITSAP dispose déjà de ressources et de compétences. Ainsi S. Hoffmann s’est surtout préoccupé des relations avec les services sanitaires et les aspects réglementaires qui font partie du quotidien des vétérinaires, en particulier en ce qui concerne son regard sur l’usage des médicaments.

L’expérimentation du conventionnement de l’ITSAP avec un vétérinaire se poursuit, malgré la disparition du rucher expérimental depuis janvier 2019 et la réduction des projets imposés récemment à l’ITSAP. L’acquisition d’expérience permettra à l’ITSAP d’accompagner la reproduction d’un tel partenariat vers les structures de R&D en apiculture qui le souhaiteraient, afin d’encadrer leurs actions sanitaires et faciliter leur réalisation d’expérimentations sur les maladies des abeilles.

Julien Vallon (ITSAP-Institut de l’abeille, Avignon) et Sébastien Hoffmann (Clinique des genêts, Beaucaire)

[1] N. Vidal-Naquet & C. Roy (2014). La profession vétérinaire : un atout pour la filière apicole. OIE Organisation Mondiale de la Santé Animale, bulletin n° 2014-2. Pp. 9-12.

[2] Note de Service DGAL/SDSPA/2016-233 du 15/03/2016

[3] N. Vidal-Naquet & C. Roy (2014). La profession vétérinaire : un atout pour la filière apicole. OIE Organisation Mondiale de la Santé Animale, bulletin n° 2014-2. Pp. 9-12.

[4] Le statut de TSA peut être obtenu à l’issue d’une formation de 2 à 7 jours, organisée par la FNOSAD.

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_v%C3%A9t%C3%A9rinaires_(France)

[6] https://www.oniris-nantes.fr/