Vous possédez une balance électronique ? Quelles sont les pistes pour mieux exploiter vos données, et éventuellement les partager ?

Par Itsap-Com, le 2 octobre 2020

L’intérêt des apiculteurs pour les outils numériques, même s’ils sont encore peu développés et diversifiés, est réel et leurs attentes sont fortes. La balance connectée est actuellement l’outil le plus répandu et utilisé individuellement. L’exploitation collective des données générées par les balances réparties sur le territoire représente une nouvelle étape dans la valorisation des données par les structures de Recherche et de Développement. C’est l’objectif du projet MIELLEES (Casdar 2017-2020).

Un des avantages notables que procurent ces balances est d’obtenir une information instantanée et synthétique de la dynamique de la colonie dans son environnement sans avoir à se déplacer. Ce confort représente une belle économie de temps et de charges pour l’apiculteur. La balance connectée devient alors un outil technique de gestion à distance des ruches, employé majoritairement dans le cadre d’un usage individuel par l’apiculteur propriétaire : ce dernier accède à la visualisation de courbes et tableaux grâce à des interfaces web dédiées proposées par les constructeurs. En interprétant ces informations, l’exploitant peut par exemple définir la date et les actions à mener lors de sa prochaine visite.

En 20 ans, la balance connectée s’est imposée comme un outil technique largement utilisé dans les exploitations et nombreux sont les apiculteurs qui jugent de la pertinence de se déplacer pour intervenir à partir de l’information obtenue d’une ou plusieurs ruches posé(es) sur balance(s). Ainsi, l’apiculteur décidera de visiter ses colonies sur la base d’un premier diagnostic à distance de la situation. Les préventions d’essaimages, les ajouts ou retraits de hausses, le nourrissement, les périodes de disette alimentaire sont alors mieux anticipées.

Au-delà de cet usage individuel des données produites par les balances, il existe néanmoins quelques initiatives collectives pilotées par des ADA pour partager plus largement les données générées par des balances positionnées sous des ruches. Dans ces démarches, les ADA prêtent à leurs apiculteurs adhérents des balances pendant la saison apicole. Ces balances peuvent également être intégrées à un protocole dans le cadre de suivis expérimentaux de miellées (voir les sites internet de ADAPI, ADANA, ADA Grand Est, ADA Occitanie, ADA Bretagne, ADA AURA). Dans ce cas, l’information obtenue par la balance, soit la courbe d’évolution du poids, est accessible aux adhérents et à tout visiteur des sites internet des constructeurs partenaires et ceux des ADA, selon les règles retenues. Techniquement, les apiculteurs consultant ces données peuvent connaître les périodes de floraison des espèces ciblées, le déclenchement des miellées, les dynamiques de gain de poids de plusieurs colonies d’un même rucher ou appréhender la fin d’une miellée.

Le partage mutualisé de ces données et leurs analyses sont justement un axe de recherche qui est approfondi par les animateurs des observatoires Lavandes et Tournesol (INRAE BioSP, ADANA et ADAPI, http://w3.avignon.inra.fr/lavandes/biosp/observatoires.html). Ensemble et avec une quarantaine d’apiculteurs volontaires, ils collectent, stockent, analysent et restituent les données aux participants et à leurs adhérents. Dans ce cas, l’information est accessible et partagée et toute personne peut ainsi bénéficier d’une information produite par autrui, un collectif ou un partenariat de recherche et développement. Par exemple, à partir de la carte des ruchers suivis et des noms des communes, tout apiculteur ayant des ruches dans le secteur peut alors comparer mentalement ses propres courbes avec celles de l’observatoire.

Mais est-il possible de mobiliser ces données encore plus largement et tenter de mieux comprendre le comportement des colonies ou proposer des nouveaux indicateurs aux apiculteurs ?

Hormis ces cas particuliers d’observatoires de miellées, il n’existe pas d’organisation visant à collecter plus largement, de manière participative et partagée, les données issues des balances connectées de tous les apiculteurs propriétaires de balances. C’est pour cela qu’avec ses partenaires l’ITSAP-Institut de l’abeille a développé un prototype de Système Informatique (SI MIELLEES), dans le cadre d’un projet exploratoire et innovant grâce à un financement CASDAR Technologie entre 2017 et 2020 (http://blog-itsap.fr/?s=balances).

L’objectif de ce partenariat est de sortir des sentiers battus, en passant d’un usage quasi instantané ou éphémère de la donnée, à un usage confiant, partagé et mieux valorisé des données numériques générées par les balances.

En s’appuyant sur la collaboration de 4 constructeurs, ce Système Informatique de suivi des miellées permet de rassembler, organiser, stocker, analyser, valoriser et restituer les données issues des balances automatiques des apiculteurs. Ainsi, un apiculteur propriétaire de balances Beeguard, Beescale (ConnectedBeekeeping), LabelAbeille et Optibee peut d’ores et déjà demander à son fournisseur de balances d’orienter ses données dans le SI MIELLEES. Les données sont alors stockées sur des serveurs INRAE situés à Toulouse et à Jouy-en Josas. Les données sont actuellement traitées par des ingénieurs et chercheurs INRAE, ITSAP-Institut de l’abeille et ADA.

Alors, quel serait l’intérêt pour un apiculteur de fournir ses propres données ?

Tout d’abord, en fournissant des informations qu’il recueille sur son exploitation il intègre un processus de science participative et contribue à créer des nouvelles connaissances. Il prend donc part, à un niveau individuel, à une nouvelle chaîne partenariale de R&D en alimentant des bases de données.

Ensuite, en tant que fournisseur de données, les résultats produits pourront lui être restitués individuellement.

Enfin, plus les apiculteurs transmettront leurs données, meilleures seront les possibilités d’analyse et la robustesse des résultats obtenus. Par conséquent, il est indispensable de disposer d’un grand nombre de balances pour alimenter le SI Miellées si l’on souhaite un jour mieux comprendre collectivement le comportement des colonies dans différents environnements et proposer des indicateurs pertinents aux apiculteurs.

Dans ce cas, la donnée de poids suffit-elle à répondre aux questions posées et comment connaître l’usage et la destination de mes données?

Soyons clair, une donnée de poids aussi précise soit-elle ne sera pas valorisée dans une base de données collective si elle n’est pas contextualisée. Elle sera donc inutile. Cela signifie que les scientifiques et les conseillers apicoles, s’ils souhaitent apporter un service de qualité aux apiculteurs et pourvoir interpréter l’évolution d’une courbe puis par exemple la comparer à un ensemble de courbes d’autres colonies, ils doivent également connaître, au minimum sur une période donnée, la géolocalisation et l’activité de la colonie, c’est-à-dire la miellée ou autre activité – pollinisation, élevage, gelée royale…- pour laquelle la colonie est suivie par une balance.

En disposant de données de poids collectées en continu ou ciblées sur des périodes de miellées importantes, les scientifiques font le pari sur le long terme de pouvoir :

  • concevoir des indicateurs techniques nouveaux et objectivés et les proposer aux apiculteurs. Cela en choisissant différentes échelles nationales, régionales ou par bassin de production afin de caractériser les productions de miel, voire des rendements. Ces informations pourraient alimenter le cahier numérique technico-économique de l’apiculteur.
  • proposer aux apiculteurs de situer, a posteriori, la dynamique de leurs colonies par rapport à un ensemble de colonies. Cela reviendrait par exemple à automatiser des routines qui calculeraient l’écart entre une moyenne des gains de poids des ruches d’un bassin de production et celui de la ruche d’un apiculteur de ce même secteur.
  • améliorer les connaissances sur les miellées réalisées sur un même secteur et permettre ainsi à une structure de développement (ADA) ou à l’ITSAP de produire des bilans de saison pour leurs adhérents, documenter les dossiers des porteurs de projet d’installation, de nourrir des argumentaires lors des demandes d’aides calamités agricoles, de constituer des référentiels techniques et, en finalité, d’améliorer leur capacité d’accompagnement et de conseil aux apiculteurs.
  • faciliter la gestion des données issues de différents modèles de balances par une ADA en lui fournissant une seule base de données.
    Parmi ces pistes de travaux visant un meilleur partage des données numériques et une meilleure valorisation, les constructeurs participent pleinement à la réflexion pour que leurs propres résultats puissent être restitués à l’apiculteur directement via l’interface du constructeur.

Deux sujets limitent néanmoins encore l’engagement de certains apiculteurs. Même si la grande majorité de ceux qui sont interrogés donnent leur consentement à la mise à disposition des données :

  • La géolocalisation des ruchers
  • L’accès à des données personnelles par des tiers.

Pour ces deux sujets sensibles, l’ensemble des parties prenantes doit travailler en toute confiance et établir des chartes de bonnes pratiques d’usage des données et appliquer le RGPD en matière de protection des données individuelles et de la propriété intellectuelle. Par exemple, s’il est indispensable que les chercheurs et conseillers accèdent à ces données brutes privées pour faire avancer le front de connaissance, leur usage et leur publication ainsi que les restitutions se doivent d’être, a minima, anonymes et dégradées pour empêcher la géolocalisation précise des ruchers.
Pour finir et nous aider à faire progresser le front de la recherche, nous invitons les apiculteurs volontaires à se manifester auprès de leur fournisseur de balances pour alimenter le Système Informatique MIELLEES, en signant l’accord de consentement pour transmettre leurs données personnelles. Ce système est donc maintenant fonctionnel et accessible pour débuter la collecte, le stockage et le « nettoyage » des données issues des balances en activité sur le territoire. L’analyse et la restitution, en routine automatisée, de nouveaux résultats interprétés soit individuellement (à l’apiculteur), soit collectivement, feront l’objet d’un futur travail produit en collaboration entre les structures de R&D et les fournisseurs de balances associés.

F. ALLIER – Septembre 2020