Une norme ISO pour définir la gelée royale : un projet de longue haleine

Par Itsap-Com, le 11 décembre 2020

En 2008,  un travail international a été initié pour élaborer une norme ISO1 sur la gelée royale. La France a choisi de devenir un pays actif dans les discussions internationales pour l’élaboration de ce projet de norme. 

Une norme ISO est une norme d’application volontaire, c’est-à-dire que, à la différence d’une règlementation, l’application de cette norme n’est pas imposée. Une norme traduit l’engagement des acteurs impliqués de satisfaire un niveau de qualité et de sécurité reconnu et approuvé. Son élaboration est basée sur le consensus entre les pays participant à son élaboration.

Sous l’égide de l’ISO TC342 , un groupe de travail a été créé, rassemblant des experts de plusieurs pays, dont la France et la Chine. Au niveau français, une commission miroir a également été créée à l’AFNOR3 pour préparer les positions nationales à porter lors des rencontres internationales.

Cette norme sur la gelée royale a été publiée en 2016.

Il a donc fallu un peu plus de 8 ans, quelques rebondissements et de nombreuses heures de négociations internationales pour trouver un consensus entre les membres actifs (Allemagne, Chine, France, Italie, Japon et Turquie) de ce groupe de travail, et aboutir à la publication officielle de la norme NF ISO 12824:2016 « Gelée royale – Spécifications » le 15 septembre 2016.

L’objectif de cette norme était de définir les spécifications de la gelée royale, et de préciser les protocoles analytiques permettant de vérifier qu’un échantillon correspond bien à ces spécifications. Cette norme fixe des exigences physico-chimiques, organoleptiques et sanitaires pour en contrôler la qualité et l’authenticité.

Les extraits de normes figurant dans cet article sont reproduits avec l’accord d’AFNOR. Seul le texte original et complet de la norme telle que diffusée par l’AFNOR – accessible via le site internet www.afnor.org – a valeur normative.

Les enjeux de l’élaboration de cette norme :

En 2008, aucune définition règlementaire n’existait sur la gelée royale au niveau international, ni européen. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. Ce produit est soumis à la législation générale des denrées alimentaires. Or, les pratiques de production de la gelée royale à travers le monde varient et on peut distinguer différentes qualités de gelées royales.

À l’époque, en 2008, lorsque la Chine a émis le souhait de travailler sur une norme sur la gelée royale pour disposer d’un cadre commun et validé au niveau mondial pour les échanges commerciaux de gelée royale (importations, exportations), deux possibilités se présentaient pour la filière française :

  1. Devenir un acteur actif de l’élaboration de cette norme, afin de participer à l’écriture du contenu de cette future norme ;
  2. Ne pas s’impliquer dans la conception de cette norme, et prendre le risque que le seul texte international officiel sur la gelée royale la définisse comme un produit différent de celui produit et commercialisé par les apiculteurs français. D’autant plus que, en l’absence de règlementation sur la gelée royale, c’est la norme qui fait office de référence.

 

Et c’est la première possibilité qui a été choisie par la France : devenir un pays actif dans les discussions internationales pour l’élaboration de ce projet de norme.

L’implication des acteurs de la filière apicole française dans ces travaux a été possible grâce au soutien financier de FranceAgriMer et de l’Union européenne via le Programme Apicole Européen (PAE), et à l’accompagnement de l’AFNOR.

Petit historique :

C’est la Chine, premier producteur et exportateur mondial de gelée royale, qui a été à l’initiative des travaux ; elle souhaitait élaborer une méthode de contrôle de la qualité et de l’authenticité de la gelée royale. La France a participé activement aux travaux et débats pour défendre son savoir-faire : les professionnels (producteurs, importateurs, …) se sont investis pour définir ce qu’est la gelée royale, sa composition et proposer une méthode d’analyse commune.

En mars 2013, les désaccords au sein du groupe international conduisent à une suspension de ce projet par l’ISO, faute de progrès.

Le principal point de désaccord, mais pas l’unique, portait sur la définition même de la gelée royale, en particulier l’alimentation des abeilles pendant la période de production, ainsi que l’absence d’additif à la gelée royale récoltée. Un des objectifs de la filière apicole française était d’arriver à faire reconnaître l’existence d’une pratique apicole de nourrissement artificiel des abeilles, qui va à l’encontre de la charte de qualité du GPGR.

Quelques mois plus tard se tenait la « réunion de la dernière chance », en juillet 2013. Un compromis est alors trouvé sur deux niveaux de qualité (liés au nourrissement) de la gelée royale et l’ISO a décidé alors de réintégrer le projet « gelée royale » au programme de travail. En définitive, la définition proposée dans la norme ISO de la gelée royale distingue deux types de gelées royales :

  • Le type 1 : gelée issue d’abeilles nourries « uniquement avec les aliments naturels de l’abeille (pollen, nectar et miel) » ;
  • Le type 2 : gelée issue d’abeilles nourries avec « les aliments naturels de l’abeille et d’autres nutriments » (protéines, sirops de sucre, …).

Le CNRS4 a mené des projets de recherche en partenariat avec le GPGR durant cette période pour étayer la position française : il a été démontré que le nourrissement aux sirops de sucre pendant la période de production modifie la composition de la gelée royale, en particulier la teneur en différents sucres. Ces études ont par ailleurs permis d’établir des limites pour détecter l’adultération du produit, en combinant la mesure du rapport isotopique 13C/12C et celle des sucres.

Sachant que la norme ISO pourrait servir de base à l’élaboration d’un futur texte règlementaire, il semblait important de sensibiliser sur le fait que, tout comme pour le miel, les techniques de production ne doivent pas tendre à modifier les caractéristiques du produit.

Que contient cette norme ?

Elle définit objectivement ce qu’est la gelée royale et comporte des exigences physico-chimiques et des méthodes d’analyses. Ces dernières ont été validées après une série de tests inter-laboratoires menés au sein des membres du groupe de travail international. Les bornes de valeurs des critères chimiques sont suffisamment précises pour différencier une gelée royale de type 1 d’une gelée royale de type 2 (voir tableau 1 ci-dessous).

Tableau 1: Exigences chimiques relatives à la gelée royale (Source : NF ISO 12824:2016 « Gelée royale – Spécifications », V 36-001, 26 novembre 2016, éditeur AFNOR)

Elle décrit par ailleurs des paramètres analytiques complémentaires (facultatifs mais pertinents) qui permettent de déterminer l’origine géographique (analyse pollinique) et la fraîcheur de la gelée royale (teneur en furosine).

Enfin, cette norme fixe des obligations sur l’étiquetage, le stockage et le transport. L’étiquette doit, entre autres, mentionner le mois de congélation le cas échéant, le type de gelée royale (1 ou 2) et le(s) pays de récolte. Quant au stockage, la norme reconnaît deux modes de conservation : entre +2°C et +5°C ou inférieur à -18°C.

Où se procurer cette norme ?

La norme NF ISO 12824:2016 « Gelée royale – Spécifications » est en vente sur le site AFNOR Edition.

Source : NF ISO 12824 « Gelée royale – Spécifications, V 36-001, 26 novembre 2016, éditeur AFNOR.

Pour plus d’informations sur cette norme : https://normalisation.afnor.org/actualites/gelee-royale-premiere-norme-volontaire-buzz/

Pour en savoir plus :

Quels sont les travaux actuels à l’ISO concernant les produits de la ruche ?

Lors de la dernière réunion du comité technique de l’ISO sur les produits alimentaires (ISO/TC 34) en juillet 2016, la délégation chinoise a proposé de créer un sous-comité dédié aux produits de la ruche. Ce sous-comité a été créé, ainsi que des groupes de travail pour élaborer des normes sur le miel, la propolis et le pollen. Un projet pour rédiger une nouvelle norme sur la gelée royale (« Management de la production de gelée royale ») a également été inscrit au programme de travail de ce sous-comité.  Le groupe de travail international chargé du sujet gelée royale a été créé en novembre 2020. Vous pouvez consulter l’avancée des travaux de ce sous-comité ici.

Site du GPGR : https://www.geleeroyale-info.fr/

Articles parus dans la littérature concernant les caractéristiques physico-chimiques et la composition de la gelée royale :

Auteurs : Ludivine FORGE (GPGR), Cécile FERRUS (ITSAP-Institut de l’abeille)

Contact : lforge@geleeroyale-gpgr.fr

[1] ISO : International Organization for Standardization (Organisation internationale de normalisation)
[2] TC34 : Comité technique « Produits alimentaires »
[3] AFNOR : Association Française de NORmalisation
[4] Centre national de la recherche scientifique