La luzerne, une espèce idoine pour l’agroécologie et l’apiculture

Par Itsap-Com, le 15 décembre 2020

Cet article rappelle l’intérêt de la culture de la luzerne comme ressource alimentaire des insectes et des abeilles en particulier.

Ce qu’il faut retenir

La culture de luzerne (Medicago sativa L.) est l’exemple parfait des bénéfices pouvant être réciproques entre l’agriculture, les insectes pollinisateurs et l’apiculture, et cela à plusieurs titres :

  • la reproduction de la luzerne est dépende du transport du pollen par les insectes pollinisateurs ;
  • cette plante est visitée par un cortège très divers d’insectes pollinisateurs ;
  • elle peut assurer une miellée significative pour les apiculteurs ;
  • son implantation pluriannuelle crée des conditions d’habitat et de ressource privilégiées pour les abeilles ;
  • elle représente un levier agronomique pour les cultivateurs s’engageant dans une agriculture extensive et plus économe en intrants.

Une culture de choix pour combler les pénuries alimentaires chez les pollinisateurs

La période de floraison des cultures lors de la première année dépend évidemment des dates de semis. En général, sa floraison débute 70 à 90 jours après le semis et dure un à deux mois.

Cette floraison longue offre une opportunité de choix pour les insectes pollinisateurs et les abeilles. En prenant l’exemple de la Zone atelier Plaine & Val de Sèvre (79), des études scientifiques révèlent l’existence d’une période de disette alimentaire chez l’abeille domestique entre la floraison du colza (avril-mai) et celle du tournesol (juillet-août). Au cours des mois de juin et juillet, les butineuses composent leur bol alimentaire en pollen principalement à partir d’espèces spontanées inféodées aux céréales à savoir le coquelicot, la moutarde, le réséda, la mercuriale, le bleuet. Ensuite entre juillet et août ceux sont les pollens de maïs et de tournesol qui sont privilégiés. Cette déplétion alimentaire au mois de juin a des répercussions en cascade sur les colonies d’abeilles.

Des mesures de gestion favorables

Pour améliorer le bol alimentaire des abeilles et tenter de répondre à divers enjeux partagés par les acteurs locaux sur les plans économiques, techniques et écologiques, des acteurs travaillent ensemble. C’est l’exemple suivi par la structure économique Coop de France Déshydratation avec les associations Symbiose et Réseau biodiversité pour les abeilles. Ils ont innové en proposant de nouvelles pratiques favorables aux abeilles, par une gestion différenciée des coupes de luzernes d’une parcelle à l’échelle d’un territoire de la Marne (51) laissant une bande (6-9m de large) de la parcelle fleurir par alternance, permettant aux insectes pollinisateurs de s’alimenter et aux abeilles domestiques d’assurer des productions de miel. La figure 1 montre l’abondance et la diversité des familles d’insectes observées. Si les abeilles domestiques butinent indifféremment les deux modalités expérimentales (bandes non fauchées et bandes recevant un itinéraire classique de fauche), nous constatons un intérêt plus fort des bandes non fauchées pour d’autres insectes pollinisateurs, les syrphes (Diptères) et les papillons (Lépidoptères).

Figure 1 : Distribution des groupes d’insectes observés pour chaque modalité expérimentale, sur les bandes non fauchées (BNF) et dans le centre de la parcelle (CP : bandes recevant un itinéraire classique de fauche) (Coop de France Déshydratation, 2010).

L’étude montre aussi que l’exploitation de la luzerne par l’abeille domestique est principalement liée à la récolte de nectar. Elle met également en évidence des différences de comportement entre abeilles domestiques et abeilles sauvages. Ces dernières sont considérées comme de meilleures pollinisatrices de la luzerne, avec une efficacité de 50 à 100 fois supérieure à celle des abeilles domestiques butineuses de nectar.

Conclusion

Il existe des interactions fortes entre la luzerne et les insectes pollinisateurs pour assurer la reproduction de la première et alimenter les seconds.
Ainsi, 5 particularités peuvent être rappelées sur les interactions entre la luzerne et les insectes pollinisateurs.

  1. Les insectes pollinisateurs sauvages sont un facteur de la production de semences grâce au transport du pollen qu’ils assurent entre deux fleurs de plantes différentes. La production de semences de luzerne par les agriculteurs-multiplicateurs doit donc nécessairement s’accompagner de mesures de préservation visant spécifiquement ces auxiliaires.
  2. L’implantation pluriannuelle de la luzerne dans les assolements crée des conditions d’habitats et de ressources privilégiés pour les abeilles. Les lépidoptères, les diptères, les hyménoptères sont 3 types d’insectes pollinisateurs qui se nourrissent du nectar et du pollen produit par la luzerne.
  3. La culture de luzerne est une ressource importante de nectar pour les butineuses d’abeille domestique. Elle vient ainsi compléter les autres cultures mellifères de l’assolement et assure une miellée significative lorsque la fauche intervient après la fin de la floraison.
  4. Dans les rotations et les systèmes de cultures, la luzerne apparaît comme un véritable levier agronomique pour les cultivateurs s’engageant dans une agriculture extensive et plus économe en intrants.
  5. Forte de ces multiples caractéristiques participant au maintien de la durabilité des systèmes agricoles, y compris la production de miel, la culture de la luzerne est à développer et à accompagner financièrement.

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Auteurs : Fabrice Allier et Axel Decourtye (ITSAP-Institut de l’abeille)