Lutte contre Varroa à la Réunion : des nouvelles du front

Par Itsap-Com, le 15 mai 2018

Depuis six mois et la première observation d’un varroa sur l’île de la Réunion, les structures apicoles locales -syndicat des apiculteurs, coopé Miel, ADA Réunion et GDS Réunion- font front commun contre ce nouveau parasite des abeilles Péi. Leurs moyens d’action : actualisation du recensement des ruchers et des secteurs touchés, sensibilisation des apiculteurs à ce nouveau danger, formation aux méthodes de diagnostic et aux méthodes de lutte et enfin vulgarisation des bonnes pratiques apicoles tout en facilitant l’accès aux médicaments vétérinaires.

Alors que l’année a débuté avec la traditionnelle fête du miel vert, les esprits ne sont plus forcément à la fête : toute l’île est désormais touchée par le nouveau parasite malgré les mesures prises afin d’interdire la transhumance et protéger les zones encore indemnes (Grand Bassin, la forêt de Bébour-Béluve et les trois cirques de Cilaos, Mafate et Salazie). Les prélèvements réalisés dans les ruchers font état de niveaux de pression parasitaire parfois hors normes avec pour les colonies les plus infestées plus d’une cinquantaine de varroas phorétiques pour cent abeilles. Certains apiculteurs ont d’ailleurs déjà face aux premières pertes de colonies, suite à la miellée de letchis qui a dynamisé le développement des colonies mais aussi malheureusement celui des varroas. Les formations réalisées par le GDS (auxquelles une centaine d’apiculteurs a déjà assisté) a permis de faire connaitre la méthode de diagnostic du niveau de pression parasitaire avec le sucre glace, mais elle n’est pas encore familière par tous les possesseurs de ruches qui doivent s’approprier cette nouvelle pratique. Enfin pour compléter ces démarches de diagnostic et suite aux actions identifiées lors de la mission de l’ITSAP en juillet dernier, des ruchers sont en suivi dans plusieurs lycées agricoles pour établir des références du niveau d’infestation et de son évolution. Ils seront prochainement consolidés par deux ruchers expérimentaux d’une cinquantaine de colonies afin d’évaluer les médicaments et mieux comprendre leurs conditions d’emploi en situation pratique.

Les colonies en cours de traitement

A côté de la formation et de l’acquisition de références, le Plan Sanitaire d’Elevage (PSE) lancé le 5 décembre 2017 permet dorénavant la fourniture de médicaments aux membres du GDS, avec l’appui financier du Conseil Départemental. Ainsi grâce à la subvention de 80% du montant d’achat et les négociations du GDS, le coût de traitement de 5 colonies revient à environ 6€. Actuellement les colonies sont en cours de traitement et sont populeuses à l’arrivée de la saison cyclonique et son lot de périodes pluvieuses. Afin de permettre aux colonies de subsister jusqu’à la prochaine miellée, la grande majorité des apiculteurs les stimulent par le nourrissement. Ils devront en contrepartie suivre avec attention l’infestation de leurs colonies au risque d’arriver sur la prochaine miellée de baies roses avec des abeilles très infestées voir des colonies en passe de s’effondrer. Dans le cas contraire, les colonies qui se résorberaient sans pouvoir profiter d’une ressource naturelle ou fournie par l’apiculteur risquent de voir exploser leur niveau de pression parasitaire par l’effet mécanique de la réduction de la population d’abeille et du développement continu de celle de varroa.

Intégration du diagnostic dans les pratiques apicoles

Après les premières expériences de traitement aux résultats insuffisants pour maitriser l’infestation, des résultats positifs de réduction de la pression parasitaire sont observés suite à la sublimation d’acide oxalique après encagement de la reine. Le séjour en métropole chez des apiculteurs du GPGR a permis à un jeune apiculteur réunionnais de se familiariser avec cette méthode de lutte et de constituer un stock de cages avant son retour sur l’île. En effet, si les médicaments Apiguard®, Apivar® et de l’acide oxalique sont maintenant disponibles pour les apiculteurs adhérents au GDS, les commandes d’Api-bioxal®, d’Apilife var® et de Varromed® sont bloquées en douane pour des aspects administratifs. Ce contretemps, malheureusement familier pour les habitants de la Réunion, avait déjà été éprouvé lors des premières acquisitions de médicaments par un cabinet vétérinaire et s’est produit de nouveau malgré les précautions prises lors de la commande par le GDS. En attendant, le nombre d’apiculteurs adhérent au GDS s’accroit régulièrement au rythme de 4 à 5 adhésions quotidiennes. Malgré les premières réactions hostiles à l’emploi d’acaricides ou simplement pessimistes quant à la possibilité de continuer une activité apicole, les apiculteurs de la Réunion intègrent petit à petit le diagnostic du niveau d’infestation et le traitement des colonies dans leurs pratiques apicoles.

Situation de l’infestation Varroa sur l’ile au 28 novembre 2017

Evolution du nombre d’adhésions au GDS depuis l’apparition de Varroa sur l’ile de la Réunion