L’ITSAP à La Réunion pour aider les apiculteurs à constituer leur plan de lutte contre Varroa

Par Itsap-Com, le 6 octobre 2017

Suite à la détection précoce de Varroa sur l’île de La Réunion en mai dernier, la filière s’organise pour mettre en place une stratégie de lutte. L’ADA Réunion a invité Julien Vallon, responsable de la thématique Bio agresseurs de l’ITSAP, pour apporter son expertise et appuyer le GDS Réunion dans l’élaboration d’un plan de lutte concerté avec l’ensemble des organisations apicoles.

L’Association de Développement Apicole de la Réunion (ADAR), le Syndicat des Apiculteurs de la Réunion (SAR), la Coopé Miel, une fois la consternation passée, toutes les structures apicoles se sont mobilisées autour du GDS afin de mieux comprendre et faire face à ce nouvel ennemi commun : le Varroa. L’objectif de la mission d’expertise de l’ITSAP qui s’est déroulée fin juillet était d’apporter les connaissances techniques et scientifiques nécessaires à la définition du futur programme sanitaire d’élevage (PSE) que portera le GDS apicole de la Réunion.

L’agenda de la semaine comprenait des réunions de concertation avec l’ensemble des représentants des structures apicoles pour établir en commun les périodes et les moyens de lutte adaptés aux interventions contre Varroa selon les itinéraires techniques existants sur le territoire, l’accompagnement de l’équipe du GDS en prospection pour identifier les ruchers infestés, des visites de ruchers afin de discuter avec les apiculteurs des résultats des premiers traitements appliqués contre Varroa et s’est conclu par la présentation d’un plan de lutte aux apiculteurs de la Réunion.

Des réactions déjà en cours pour faire face à ce nouveau fléau…

Alors que peu de ruches sont équipées de planchers entièrement grillagés permettant un monitoring précoce et à bas niveau de l’infestation, les prospections sont réalisées par les méthodes de lavage d’abeilles au sucre glace et de prospection dans le couvain. Les premiers résultats obtenus par le GDS montrent des niveaux d’infestation allant de zéro à de une vingtaine de varroas pour cent abeilles selon les ruchers. Dans les colonies les plus infestées, les signes de parasitismes sont observés au niveau du couvain en mosaïque, le symptôme d’abeilles aux ailes déformées (lié au virus du DWV fortement associé à la présence de Varroa) étant encore très peu observé. Dans les ruchers les plus infestés, la prospection dans le couvain permet d’observer la présence de Varroa (cf. photo 1).

Certains apiculteurs ont déjà acquis et appliqué des médicaments auprès de vétérinaires. Si les premiers constats d’emploi de médicament à base de thymol ne montrent pas une réduction significative des niveaux d’infestation, une adaptation des préconisations d’emploi aux conditions tropicales a été fournie par le distributeur. L’emploi de médicament à base d’amitraze a donné des résultats plus satisfaisants mais non quantifiés. Ces premiers résultats doivent encore être consolidés et étendus à un plus grand nombre de moyens de lutte, mais face à un problème de disponibilité des médicaments (absence de stocks, prix et délais de livraison plus élevés et taxes douanières parfois problématiques à régler pour les distributeurs) d’autres apiculteurs ont mis en œuvre des traitements suite à leur recherche sur internet mais doivent encore objectiver leurs pratiques : au-delà des aspects réglementaires, seul le suivi d’infestation permet de déterminer les moyens de lutte efficaces

.… et des actions à mettre en place pour raisonner les stratégies de lutte

Les connaissances sur le développement de la population de varroas doivent être actualisées dans un contexte local où les colonies ne présentent ni hivernage ni arrêt de ponte. Des contacts ont été établis avec les ADA des Antilles (Guadeloupe, Martinique) ou d’autres territoires de l’océan Indien (île Maurice, Madagascar) pour obtenir des références d’infestation au cours du temps dans des conditions similaires, mais les données manquent. De plus la sensibilité de l’abeille Péi (Apis mellifera unicolor) à ce nouveau parasite reste à étudier de façon à déterminer un seuil d’intervention et suivre son évolution dans le temps.

Par ailleurs, la volonté du GDS est d’intégrer dans le futur PSE l’ensemble des médicaments et moyens de lutte disponibles contre Varroa de façon à mettre à disposition des apiculteurs les moyens les plus adaptés à leur situation individuelle. La réalisation d’un suivi des conditions d’application et de l’efficacité et des traitements reste indispensable pour valider les choix faits sur le papier car ces connaissances sont actuellement inexistantes. Ainsi le caractère de l’abeille Péi considérée comme sensible à l’instinct de désertion, et l’absence de ressources régulières pour relancer le développement des colonies nécessitent d’expérimenter la pratique de l’encagement de reines avant de le préconiser.

La question de l’intérêt de la lutte collective et celle de la ré invasion par des réservoirs de parasites que peuvent constituer les colonies sauvages ont été intégrées à la réflexion globale sur le suivi et la gestion du parasite. Ainsi les méthodes de diagnostic ont suscité un réel intérêt et des suivis d’infestation sont programmés tout au long de la saison, préalablement et à la suite des miellées et des interventions réalisées contre Varroa. Des formations sont prévues par le GDS afin d’accompagner les apiculteurs pour la bonne mise en œuvre des moyens de lutte et plus largement les bonnes pratiques apicoles relatives à la gestion du parasite.

Ainsi un programme de recherche et expérimentation a été élaboré et doit encore être priorisé pour les années à venir. Il comprend :

Appui technique :

  • Etablir un Plan Sanitaire d’Elevage (PSE)
  • Réaliser des visites techniques/audits d’exploitations
  • Former les apiculteurs aux bonnes pratiques de lutte contre Varroa

Expérimentation/recherche :

  • Etablir les dynamiques de développement abeilles et Varroa selon les conditions locales• Déterminer des seuils économique et dommageable
  • Actualiser les suivis d’efficacité des médicaments selon les conditions locales
  • Tester des solutions alternatives (plantes Péi, Huiles Essentielles etc.)
  • Mettre en place un programme de sélection des colonies résistantes à Varroa
  • Connaitre la diversité des agents pathogènes (suivi de l’évolution des virus et de la pathogénicité des Varroa/virus)
  • Constituer un groupe de travail participatif d’apiculteurs (réalisation de tests, comptages in situ et partage de résultats…)

Epidémiosurveillance :

  • Surveiller les cas de loque américaine et de petit coléoptère des ruches
  • Poursuivre l’épidémiosurveillance
  • Réaliser un appui au diagnostic : évolution vers des méthodes de détection précoce plus efficaces et coordination des méthodes de suivi de l’infestation mis en place par les apiculteurs et les institutions.

Une communauté d’apiculteurs avide d’informations

Le jour de la présentation du futur plan de lutte aux apiculteurs, invités pour l’occasion à la mairie de Bras Panon, la nouvelle est tombée : la préfecture a levé l’interdiction de mouvement des ruchers avant le début de la miellée de letchis, une des miellées emblématique de l’île. Il est cependant en cours de réflexion au niveau du Parc National de la Réunion de maintenir interdites à la transhumance certaines zones indemnes afin de préserver l’abeille Péi, comme dans les cirques naturels qui constituent des barrières naturelles à la dispersion des colonies sauvages.

La matinée d’information a commencé par la diffusion d’un film réalisé par une petite délégation d’apiculteurs du SAR et tourné lors d’un voyage d’étude à Maurice quelques jours plus tôt. Là-bas l’absence d’organisation a laissé seuls les apiculteurs traiter Varroa de leur propre initiative et avec les moyens du bord, ce que veulent absolument éviter les représentants réunionnais. Puis, le docteur vétérinaire Olivier Esnault, en charge de l’apiculture au GDS, a présenté l’état des lieux du monitoring de l’infestation sur l’île à la date du 20 juin (cf. photo 2).

Les ruchers qui ont transhumé depuis le litchi de l’année 2016 à l’Est sont les plus infestés. Les ruchers les moins infestés sont situés dans l’Ouest et dans les hauts de l’île. Enfin, après la présentation d’éléments de biologie permettant de mieux comprendre Varroa, les symptômes de la varroose et les outils diagnostic ainsi que les moyens de lutte disponibles et leurs conditions d’efficacité, le plan de lutte a été détaillé selon le calendrier local de développement des colonies et des miellées visées (cf. photo 3).

Engagé dans une démarche de certification indispensable, le GDS de la Réunion attend maintenant le 28 septembre pour obtenir son agrément. Celui-ci lui permettra de mettre en place le Programme Sanitaire de Lutte et de distribuer les médicaments aux apiculteurs membres du GDS. La seconde action prioritaire est de cartographier les niveaux d’infestations afin de valider ou de réorienter les stratégies de lutte proposées. Si un financement reste à trouver pour accompagner les apiculteurs de loisir, le département a d’ores et déjà mobilisé 150 000 € pour subventionner l’achat de médicaments à hauteur de 80 % pour les apiculteurs professionnels.

Contact : julien.vallon@itspa.asso.fr

Photo 1 : reproduction de Varroa dans le couvain d’une colonie à la Réunion. La présence de l’amas fécal (tâche blanche) signale facilement l’infestation du couvain dans les cadres de cire noire.

Photo 2 : Résultats au 30 juin 2017 du monitoring d’infestation réalisé par le GDS Réunion.

Photo 3 : Ensemble des périodes d’intervention et moyens de lutte envisagés selon le développement des colonies et le calendrier apicole de la Réunion.