Implications des Associations de développement apicole (ADA) sur la thématique sanitaire

Par Itsap-Com, le 19 mars 2018

Depuis la fin des années 80, les apiculteurs professionnels ont créé les Associations régionales de Développement de l’Apiculture (ADA) pour leur apporter un accompagnement technique spécifique sur les enjeux prioritaires régionaux. A l’heure où il est question de réorganiser le réseau sanitaire, il nous a semblé important de recenser les actions des ADA sur le volet sanitaire, à savoir les travaux visant à comprendre les problèmes de santé chez les colonies ou à apporter aux apiculteurs des solutions pour réduire ces problèmes.

Identifier les facteurs de risque de la mortalité de colonies et de leur baisse de production

Certains projets visent à mieux comprendre les facteurs influençant de manière positive ou négative la survie des colonies et leurs performances. De telles approches sont complexes car elles nécessitent de prendre en compte les interactions entre les facteurs d’influence (pesticides, bio agresseurs, ressources, historique des colonies). La survie ou les performances des colonies étant très variables selon la saison, ces projets sont menés sur plusieurs années et ils demandent un long temps d’analyse (entre 4 et 6 mois). Ces projets se font avec des partenaires scientifiques et techniques de l’UMT Prade, l’ITSAP-Institut de l’abeille et l’INRA, souvent chargés de la structuration des jeux de données et des analyses statistiques.

Ces projets ont permis d’identifier les principaux facteurs de risque pour la mortalité hivernale des colonies, et pour la baisse de production de miel.

Développer, expérimenter des méthodes et les diffuser

Les apiculteurs constatent régulièrement des affaiblissements de colonies et y voient la cause principale des pertes de productivité mais aussi des difficultés à maintenir ou développer un cheptel performant. La méthode Coleval (pour Colony evaluation) a été développée afin d’objectiver l’état d’une colonie à un instant donné : une mallette pédagogique permet à un opérateur de se former pour estimer visuellement les quantités d’abeilles, de couvains et de réserves alimentaires d’une colonie selon leur pourcentage d’occupation sur chaque face de tous les cadres. Ainsi la méthode est aujourd’hui employée par les ADA, plus particulièrement pour la surveillance et la caractérisation des troubles et affaiblissements des colonies d’abeilles.

Une autre préoccupation majeure en apiculture concerne la surveillance de l’infestation des colonies en varroa. Un des objectifs à long terme est de pouvoir caractériser les niveaux d’infestation et de les contextualiser. La première étape pour atteindre cet objectif ambitieux est de standardiser une méthode parmi celles qui existent pour estimer la pression exercée par varroa sur les colonies.

L’indicateur de pression parasitaire obtenu par lavage d’un échantillon d’abeilles, appelé familièrement « Varroas phorétiques pour cent abeilles ou VP/100 ab », est vulgarisé par les ADA auprès des apiculteurs. Il correspond au nombre de varroas phorétiques moyen observé dans un échantillon de cent abeilles prélevé sur un cadre de la colonie.
De nombreuses ADA ont créé des tutoriels de vulgarisation de la méthode de prélèvement et de lavage des abeilles dans lesquelles elles décrivent les différentes méthodes de lavage.

Tester de nouveaux moyens de lutte contre Varroa

Face à la difficile maîtrise du parasite dans les ruchers, les ADA expérimentent de nouveaux moyens de lutte en particulier destinés aux apiculteurs engagés en agriculture biologique (AB) ou souhaitant une gestion du parasite sans recours aux acaricides de synthèse. Ainsi, la pratique d’encagement de la reine combinée à une application d’acide oxalique (photo 1) est appliquée depuis plusieurs années par un groupe d’apiculteurs du Groupement des Producteurs de Gelée Royale.

Par ailleurs, les ADA participent avec l’ITSAP-Institut de l’abeille à l’évaluation de traitements ne disposant pas d’AMM en France. Les démarches administratives nécessaires ont été réalisées auprès de l’Anses pour « importation en vue d’expérimentation » des préparations commerciales. Les résultats prometteurs obtenus avec l’Aluen CAP® (photo 2), une préparation commerciale développée par une coopérative apicole d’Argentine et disposant localement d’un agrément, ont motivé les ADA à poursuivre leurs essais.

Mortalités massives aiguës : les ADA comme premier interlocuteur

Les ADA se sont impliquées depuis longtemps dans l’accompagnement de leurs adhérents dans les dispositifs successifs de déclaration des troubles ou des mortalités aiguës des abeilles : pour faire le lien avec les Directions Départementales en charge de la Protection des Populations mais aussi pour les épauler dans la réalisation de leurs interventions. De ce fait, de nombreux apiculteurs professionnels confrontés à des cas de mortalité sur leur cheptel s’adressent donc en priorité à leur ADA, identifiée comme interlocuteur de proximité.

Les ADA sont aussi impliquées dans plusieurs projets relatifs à l’étude de l’état sanitaire des colonies : par exemple les projets coordonnés par l’ITSAP, « Affaiblissement » () visant à décrire les colonies et constituer des références permettant de caractériser des cas d’affaiblissement, et le projet BAPESA (pour la recherche des causes de mortalité ou d’affaiblissement des colonies et l’étude du lien avec la présence d’élevages de gros animaux.

Conclusion :

Les ADA sont investies dans l’étude et l’expérimentation touchant au sanitaire en apiculture. Les résultats de ces travaux représentent une ressource importante sur la connaissance des niveaux d’infestation, leurs impacts sur les colonies et l’efficacité des moyens de lutte disponibles.

L’ITSAP-Institut de l’abeille a par exemple réalisé une fiche technique destinée à diffuser les connaissances pratiques et les retours d’expérience sur l’emploi de MAQS® (acide formique) à partir des résultats obtenus par les ADA.

Un autre volet dans lequel les ADA sont fortement investies est l’accompagnement des apiculteurs en cas d’affaiblissement ou de fortes mortalités de leurs colonies. La surveillance des dangers sanitaires ou des évènements de santé sur les ruchers (OMAA) qui se met en place actuellement doit pouvoir s’appuyer aussi sur les compétences et la relation forte qu’entretiennent les ADA avec les apiculteurs professionnels. La reconnaissance du rôle des ADA dans le paysage sanitaire apicole et leur implication dans les projets d’observatoire et de surveillance permettra de renforcer les réseaux constitués en ciblant des organisations d’apiculteurs majoritairement professionnels, et détenteurs de la plus grande partie du cheptel répartis sur le territoire.

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Rédaction Julien Vallon (ITSAP-Institut de l’abeille), Elodie Colombo (ADA France) et Axel Decourtye (ITSAP)

Photo 1 : cage Scalvini placée sur un cadre pour provoquer une absence artificielle de couvain et pouvoir traiter les varroas phorétiques.

Photo 1 : cage Scalvini placée sur un cadre pour provoquer une absence artificielle de couvain et pouvoir traiter les varroas phorétiques.

Photo 2 : expérimentation de l’efficacité de l’Aluen CAP®, lanières de cellulose à base d’acide oxalique permettant le traitement contre varroa sans nécessiter d’absence de couvain.

Photo 2 : expérimentation de l’efficacité de l’Aluen CAP®, lanières de cellulose à base d’acide oxalique permettant le traitement contre varroa sans nécessiter d’absence de couvain.