Comment évaluer l’effet des pesticides en situation d’expositions multiples ?

Par Itsap-Com, le 16 décembre 2016

Les pesticides ont des effets négatifs sur la santé des abeilles, c’est le constat de nombreuses publications. Pourtant comprendre le phénomène d’intoxication n’est pas chose aisée sur le terrain. Cela constitue souvent une source de frustration pour les apiculteurs ou les personnes chargées de trouver les causes des anomalies chez les colonies. Il était nécessaire de changer l’approche, plus pragmatique, moins fondamentale. C’est le rôle de L’UMT PrADE qui vise à mieux prendre en compte le terrain dans son diagnostic.

De l’expérimentation à la réalité du terrain

Qualifier la bonne ou mauvaise santé d’une colonie est une appréciation très subjective dépendante de facteurs nombreux et de perceptions différentes. Qu’est-ce qui est « normal » ? Quelles données ponctuelles peuvent permettre d’obtenir des résultats généralisables, à l’échelle d’une population ? L’UMT PrADE propose une réponse pragmatique grâce à la mise au point d’outils de diagnostic et d’indicateurs visant à mieux considérer la réalité du terrain.

Identifier les cas d’intoxication

Il est toujours difficile de distinguer les cas d’intoxication des ruchers et d’identifier leur origine. Par exemple, la dégradation de pesticides (Suchail et al., 2004) et des ARN viraux (Dainat et al. 2011) est si rapide qu’en quelques heures, toutes traces dans les échantillons prélevés peuvent disparaître.

D’autres facteurs compliquent la tâche du diagnosticien, notamment les valeurs toxicologiques de référence comme la Dose Létale 50 (DL50), proposée en 1927. L’étude complète accessible ici, démontre que les colonies sont le plus souvent exposées conjointement à des substances chimiques et à des agents infectieux détectés à des niveaux de contamination souvent si faibles qu’il est impossible d’attribuer avec certitude l’origine des problèmes à un facteur de stress particulier.

Le suivi des colonies en trois objectifs

L’apiculteur souhaite aujourd’hui des réponses plus précises. Aussi, les recherches privilégient maintenant une démarche expérimentale plus proche de la réalité du terrain. Dès 2009, L’UMT PrADE a mis en place –  en concertation avec les apiculteurs – un suivi de colonies dans l’observatoire de résidus. Trois objectifs sont au cœur de cette stratégie de recherche :

  • Acquérir des références objectives sur la démographique des colonies, leurs problèmes de santé et les niveaux d’exposition des facteurs de stress.
  • Identifier des indicateurs pertinents permettant de hiérarchiser les facteurs de risque et définir des seuils de références.
  • Développer des approches épidémiologiques qui compléteront l’approche événementielle du ministère chargé de l’agriculture (note de service Mortalité aigüe)

Des résultats sur la fréquence de contamination

Le projet « observatoire des résidus de pesticides » par exemple, conduit en partenariat avec l’INRA d’Avignon, l’ITSAP, l’ADAPI et les ADAs d’autres régions, permet de suivre la contamination des cires et celle des pollens collectés par les abeilles durant la saison apicole dans différents agrosystèmes (arboriculture, maraichage, céréaliculture,…).

Les résultats déjà acquis décrivent  la fréquence de contamination de ces matrices et la nature des contaminants (Tableau 1) ainsi que l’évolution de la contamination (Figure 1) dans différents contextes environnementaux. Ces premiers résultats indiquent que les abeilles sont très régulièrement exposées aux résidus de pesticides à la fois par les cires et par les pollens qu’elles collectent durant toute la saison. En règle générale les insecticides et les fongicides sont les substances les plus fréquemment identifiées dans ces matrices. La contamination des pollens varie considérablement en fonction de l’environnement du rucher.

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Tableau 1 : Tableau récapitulatif des analyses de cire de corps et de pollen de trappe réalisées sur l’ensemble des ruchers du dispositif durant les saisons apicoles 2014 et 2015. D’après Vidau C. 2016. Projet Observatoire des résidus de pesticides

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Figure 1 : Evolution de la contamination des pollens de trappe dans les 7 ruchers observatoires au cours de la saison apicole 2015. D’après Vidau C. 2016. Projet Observatoire des résidus de pesticides

Nous développons ainsi des moyens numériques de synthétiser et de visualiser des données d’exposition des colonies aux résidus de pesticides afin d’améliorer le rendu des résultats auprès des partenaires, des instances (Anses, DGAl) et des apiculteurs. Enfin, les résultats obtenus viendront alimenter le dispositif de phytopharmacovigilance visant la détection des effets négatifs des pesticides après leur mise sur le marché.

Lire l’article complet réalisé par C. Vidau, A. Dangleant et M. Pioz.