Etude des cas de loque européenne atypique (eclea) : premiers résultats de l’analyse des cas remontés en 2018.

Par Itsap-Com, le 16 avril 2019

La loque européenne est une maladie du couvain d’abeilles induite par la bactérie Melissococcus plutonius dont les signes cliniques apparaissent au printemps et en été, souvent suite à un stress alimentaire et la plupart du temps disparaissent avec le retour de ressources disponibles en quantités suffisantes. D’après plusieurs témoignages de terrain, certains cas diffèrent des descriptions classiques : les signes cliniques perdurent et/ou sont récurrents d’une année à l’autre, pouvant engendrer un impact important sur la santé et la production des colonies d’abeilles.

Ces descriptions de loque européenne particulière sont parfois appelées « couvain morveux » ou « loque atypique » par les acteurs de terrain car la confusion est possible avec de la loque américaine lorsque le couvain operculé est atteint et que les larves mortes prennent une consistance « gluante » proche du caractère filant. Ces formes « atypiques » semblent se caractériser par la présence d’agents bactériens secondaires, et notamment de Paenibacillus alvei, mis en évidence fréquemment par le laboratoire national de référence sur la santé des abeilles (Anses, Sophia Antipolis) lors de diagnostics de confirmation. Des cas similaires ont été décrits en Suisse (Roetschi et al. 2008), aux Etats-Unis (vanEngelsdorp et al. 2013) et en Italie (Gaggìa et al. 2015).

Cependant, malgré des signalements en France en provenance de plusieurs régions, aucune étude à large échelle ne s’est encore penchée sur ces cas qui méritent d’être mieux caractérisés sur le plan clinique, épidémiologique et bactériologique. Ainsi, les objectifs de l’Etude des Cas de Loque Européenne Atypique (ECLEA) étaient de réaliser une description préliminaire des cas sur le plan clinique et d’identifier certains agents pathogènes en présence afin d’identifier d’éventuels facteurs de risque pouvant être associés à la maladie.

L’ECLEA était basée sur l’envoi de cadres de couvain symptomatique pour analyse au Laboratoire National de Référence (LNR) Santé des abeilles (Anses Sophia Antipolis), accompagnés d’un questionnaire visant à caractériser les conditions d’apparition et l’ampleur du phénomène. Pour cela l’Anses, l’ITSAP-Institut de l’abeille et la Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires (SNGTV) ont largement communiqué auprès des apiculteurs via les ADA mais aussi les vétérinaires et les techniciens sanitaires apicoles (TSA) qui faisaient face à de tels cas de loque européenne pour qu’ils les signalent, et qu’ils prélèvent et envoient un cadre présentant les signes cliniques d’intérêt. L’Anses a pris en charge les analyses des cadres symptomatiques (description des lésions, analyses bactériologiques et virologiques) et des questionnaires, et a communiqué le résultat de l’analyse bactériologique directement auprès des apiculteurs ayant participé. Au total en 2018, ce sont 17 prélèvements, provenant de 12 ruchers et 10 apiculteurs différents qui ont été reçus par l’Anses. Bien que l’échantillonnage ne soit pas exhaustif (certaines régions touchées les années passées n’ont pas participé à la collecte), ces résultats permettent d’établir un premier état des lieux de la situation en France.

Premières conclusions de l’ECLEA

Les couvains analysés présentaient des caractéristiques de la loque européenne « classique » : un couvain en mosaïque, une atteinte du couvain ouvert, des larves en position anormale dans l’alvéole, des larves malades de couleur marron et de consistance gluante, non filantes (<1 cm). L’ensemble des cadres reçus dans le cadre de l’ECLEA se caractérisait également par une atteinte du couvain operculé : des opercules affaissés, déchirés ou percés et des larves malades de couleur marron. La présence de larves filantes (>1 cm) (signe clinique communément associé à la loque américaine) a été observée dans 38% des couvains ouverts et dans 46% des couvains operculés, montrant qu’une analyse en laboratoire est indispensable pour confirmer le diagnostic en cas de suspicion de loques.

Les résultats bactériologiques ont révélé une association très fréquente (dans environ 85% des prélèvements analysés) entre M. plutonius (la bactérie responsable de la loque européenne) avec l’agent secondaire Paenibacillus alvei (une bactérie saprophyte qui se multiplie après la mort de la larve). La présence de cet agent (ou d’autres agents secondaires non identifiés dans le cadre de l’ECLEA) pourrait avoir un impact sur la consistance des larves malades. La virulence des souches de M. plutonius serait par également à étudier.

Parallèlement, une analyse de six virus de l’abeille a été réalisée sur les échantillons de larves mais les données de cette étude exploratoire ne permettent pas d’étayer l’hypothèse d’une coïnfection pouvant expliquer les manifestations cliniques observées. De plus, les données collectées sur les conditions environnementales du rucher et d’ordre zootechnique n’ont pas permis d’identifier de facteurs de risque potentiels, bien qu’un environnement humide et froid pourrait aggraver la maladie. Face à ce type de cas, il reste important de respecter les bonnes pratiques de prophylaxie sanitaire (cf. encadré ci-après).

Recommandations sur la gestion des cas :

Dans l’état actuel des connaissances et face à de tels symptômes, les bonnes pratiques sanitaires sont à mettre en œuvre. Elles reposent en premier lieu sur la destruction des colonies très atteintes. Pour les colonies faiblement atteintes, il est envisageable d’essayer un transvasement sous condition de maintenir la colonie en observation régulière, à l’écart du cheptel sain. Le maintien dans le rucher d’éléments potentiellement contaminés (cadres, abeilles etc.) est à proscrire.

Le nettoyage et la désinfection du matériel remisé doivent être systématiques, en particulier suite au transvasement ou la destruction de colonies. Cette pratique est malheureusement encore loin d’être répandue chez les apiculteurs ! Des informations détaillées sur le nettoyage des ruches et du matériel utilisé au rucher peuvent être consultées dans le Guide des bonnes pratiques apicoles (ITSAP, 2014) ainsi que dans la revue « La Santé de l’abeille » (Giraud et al., 2014). Un renouvellement régulier des cadres de cire au niveau du corps de ruche est également primordial afin de limiter le risque de maladies.

Contacts :

Laboratoire National de Référence sur la santé des abeilles (Anses Sophia Antipolis) : lnr.abeille@anses.fr
Julien Vallon (ITSAP) : julien.vallon@itsap.asso.fr