État de santé des pollinisateurs et services de pollinisation

Par Itsap-Com, le 8 octobre 2020

En nommant, depuis le 1er février dernier, un deuxième référent national pour la protection des abeilles et autres pollinisateurs, la DGAL renforce son expertise sur les actions de prévention, de surveillance et de lutte contre les facteurs de stress qui menacent les services de pollinisation et l’activité apicole. Spécialisé en apiculture, dans la conduite d’enquêtes environnementales et en toxicologie des abeilles, Cédric Sourdeau travaille actuellement sur la réorganisation des groupes « Abeilles » de la plateforme d‘épidémiosurveillance en santé animale (ESA).

Itsap : Pouvez-vous nous présenter la plateforme ?

Cédric Sourdeau : L’ESA, plateforme d’Epidémiosurveillance en Santé Animale, regroupe des acteurs publics et privés, tous impliqués dans la surveillance des dangers sanitaires. Comme les deux autres plateformes en France, dédiées à la santé végétale et à la chaîne alimentaire, elles ont pour objectif d’apporter un appui scientifique et technique pour améliorer la surveillance et permettre de mener une lutte plus efficace contre les risques sanitaires.
Elles ont notamment pour missions d’assurer une veille sanitaire nationale et internationale, de développer des dispositifs de surveillance, de comprendre les causes des phénomènes sanitaires et de réaliser des synthèses sur la situation épidémiologique.
La plateforme ESA est coordonnée par la DGAL, l’ANSES et l’INRAE. Son comité de pilotage regroupe un représentant de chacun de ses dix organismes membres. Il est présidé par la DGAL.

Itsap : Quel est votre rôle pour la DGAL?

C.S. Ma mission concerne la protection des pollinisateurs au sens large dont l’abeille domestique. La DGAL dispose ainsi aujourd’hui de deux référents nationaux, Fayçal Meziani, basé à Toulouse, qui travaille sur les dangers sanitaires réglementés de l’abeille domestique, et moi-même basé à Angers, plus spécifiquement chargé de la toxicologie et des facteurs associés. Je suis vétérinaire de formation. Mon activité professionnelle pour la Direction Régionale de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) des Pays de la Loire de 2007 à 2020 dans les domaines de la protection des végétaux et de la surveillance des conditions de distribution et d’utilisation des produits phytopharmaceutiques a été l’occasion de me spécialiser en pathologie apicole. J’ai ainsi suivi en 2010/2011 la formation continue vétérinaire proposée par Oniris (Nantes) et l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort et obtenu le diplôme inter-école (DIE) « Apiculture – Pathologie apicole » en 2011. J’y suis devenu par la suite formateur puis membre et président du jury.

Ces 12 années d’expérience professionnelle au contact du terrain, ont été l’occasion, lors de suspicions d’intoxication observées dans les ruchers, de conduire pour la DRAAF de nombreuses enquêtes environnementales afin d’objectiver l’exposition des colonies aux risques chimiques et les causes de mortalité par intoxication. Depuis 2010, je suis donc très impliqué sur les questions apicoles tant au niveau régional que national et ce nouveau poste me permet d’apporter pleinement mon expertise pour la DGAL mais aussi pour les services déconcentrés régionaux et départementaux du ministère de l’Agriculture.

Itsap : Parlez-nous des groupes Abeilles au sein de la plateforme.

C.S. La plateforme ESA et la DGAL m’ont demandé d’animer le groupe de travail chargé de réviser l’organisation des groupes de travail abeilles de la plateforme. Ces groupes réunissent des experts issus de différents organismes et impliqués dans la surveillance, la recherche ou la gestion des risques sanitaires en apiculture (ANSES, INRAE, CNRS, ITSAP, SNGTV, FNOSAD, GDS France…). Ils auront notamment pour mission de proposer des dispositifs de surveillance concernant les principales menaces chimiques ou biologiques qui pèsent sur la santé des abeilles en France mais aussi de proposer des évolutions des dispositifs existants et de participer à la valorisation des données.

Chaque groupe travaillera sur une thématique précise dont certaines permettront d’apporter des réponses aux objectifs stratégiques définis par le comité d’experts apicole rattaché au Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV). Ce comité rassemble environ 25 organisations (organisations sanitaires apicoles, syndicats, organisations vétérinaires, chercheurs, administration) et intervient sur l’élaboration de la politique sanitaire apicole, les projets de mesures réglementaires dans le domaine sanitaire apicole et toute autre question relative à la santé des abeilles domestiques.

Au-delà de la coordination générale des groupes, je vais plus spécifiquement animer les groupes de suivi et d’investigation relatifs à la toxicologie.

Itsap : Comment s’établissent les relations entre vos groupes de travail et les apiculteurs ?

C.S. Les groupes de travail plateforme sont composés d’experts de divers horizons et régulièrement en relation avec le terrain. Ces groupes sont constitués pour apporter un appui aux gestionnaires de dispositif de surveillance. À titre d’exemple, le dispositif de surveillance des mortalités massives et aiguës d’abeilles adultes est porté par la DGAL et ses services déconcentrés (DRAAF, DDecPP). Lorsqu’un apiculteur constate des troubles de santé et mortalités dans ses colonies, il est invité à faire une déclaration auprès de l’administration. Le réseau de surveillance mène alors des investigations dans les ruchers et dans l’environnement et conclut sur l’origine des troubles observés. Les résultats d’investigation seront ensuite transmis à la plateforme qui assura la centralisation et valorisation collective des données. Le cas échéant et pour des investigations complexes, la plateforme pourra aussi apporter son expertise aux services instructeurs pour la conduite des enquêtes et l’interprétation des résultats. La plateforme n’intervient pas directement sur le terrain et son domaine d’activité reste la surveillance en émettant bien sûr des propositions.