Effet d’un insecticide sur le vol de retour

Par Itsap-Com, le 16 avril 2019

L’infestation de la colonie par varroa et la météo modifient l’effet d’un insecticide néonicotinoïde sur le vol de retour à la ruche des butineuses.

En conditions naturelles, les colonies d’abeilles sont très souvent exposées à différents résidus de pesticides ainsi qu’à des bioagresseurs, dont les plus récurrents sont Varroa destructor, Nosema spp. et le virus des ailes déformés (DWV) transmis par varroa. Or, les tests officiels évaluant les effets des pesticides sur abeilles avant leur mise sur le marché sont réalisés dans des conditions très différentes puisqu’il est demandé de travailler avec des abeilles provenant de colonies saines, exemptes de symptômes cliniques visibles. La réalité terrain montre que les colonies d’abeilles peuvent héberger de nombreux pathogènes et parasites sans provoquer obligatoirement de symptômes visibles. Nous avons donc étudié si l’infestation naturelle des colonies en bioagresseurs, même en dessous du seuil d’expression des symptômes, peut faire varier les effets d’un pesticide testé sur les abeilles pour l’évaluation du risque avant sa mise sur le marché.

Dans le cadre d’un projet coordonné par l’ITSAP visant à valider à l’international une méthode évaluant les effets de faibles doses de pesticides sur le retour à la ruche des butineuses, nous avons étudié l’impact de l’état de santé des colonies (infestation en V. destructor, Nosema spp. et DWV) dans la modulation des effets d’un insecticide testé (molécule néonicotinoïde thiamethoxam). D’autres facteurs environnementaux comme la température ayant déjà montré influencer le retour à la ruche des individus exposés au produit (Henry et al. 2014)1, nous l’avons également considéré comme facteur potentiel de variabilité des résultats.

Ce travail réalisé en partenariat avec l’INRA a récemment été valorisé au sein de l’UMT PrADE (Protection des Abeilles dans l’Environnement) sous forme de publication scientifique (Monchanin et al. 2019)2.

Figure 1. Schéma résumant l’étude.

Le marquage individuel des butineuses avec des puces RFID permet d’enregistrer le taux d’échec dans le vol de retour à la ruche après l’ingestion d’un sirop de sucre contaminé ou non (témoins) au thiaméthoxam (1 ng/abeille). Le graphique illustre l’augmentation du taux de non-retour selon le niveau d’infestation des colonies par varroa (nombre de parasites phorétiques pour 100 ouvrières). Associé à cet effet de varroa, les différentes courbes montrent une augmentation de l’échec de retour des abeilles exposées quand la température ambiante diminue.

Les résultats de Monchanin et al. (2019) montrent que l’infestation en varroa des colonies et les faibles températures aggravent l’échec de retour à la ruche des individus préalablement exposés à l’insecticide thiaméthoxam à la dose d’1 ng/abeille (Figure 1). Dans les conditions de l’étude, les niveaux d’infestation en Nosema spp. ou DWV n’ont pas eu d’effets significatifs sur le retour à ruche des individus exposés. En utilisant un indicateur de la toxicité de l’insecticide sur le vol de retour appelé « ED20 » (Effective Dose 20%), c’est-à-dire la dose réduisant de 20 % le succès de retour à la ruche des abeilles exposées par rapport aux abeilles témoins, nous montrons par exemple que l’effet du produit peut être multiplié par un facteur 3 lorsqu’une colonie atteint un taux d’infestation de 5 varroas pour 100 abeilles et pour une température donnée de 24°C.

Ces résultats soulignent l’importance de mieux considérer les conditions sanitaires et météorologiques lors de la réalisation des tests officiels avant la mise sur le marché des pesticides.

1Henry, M., Bertrand, C., Le Feon, V., Requier, F., Odoux, J. F., Aupinel, P., Bretagnolle, V., Decourtye, A. (2014). Pesticide risk assessment in free-ranging bees is weather and landscape dependent. Nature Communications, 5. , DOI : 10.1038/ncomms5359

2 Monchanin, C., Henry, M., Decourtye, A., Dalmon, A., Fortini, D., Boeuf, E., Dubuisson, L., Aupinel, P., Chevallereau, C., Petit, J., Fourrier, J. (2019). Hazard of a neonicotinoid insecticide on the homing flight of the honeybee depends on climatic conditions and Varroa infestation. Chemosphere, 224, 360-368. , DOI : 10.1016/j.chemosphere.2019.02.129