Diversité des pratiques d’élevages de reines d’abeilles : quelles pratiques pour quel contexte d’exploitation ?

Par Itsap-Com, le 7 février 2018

Cette synthèse reprend les grandes lignes d’un état des lieux des pratiques d’élevage de reines réalisé par l’itsap – Institut de l’Abeille, en collaboration avec l’anercea et l’inra de Toulouse.

Aujourd’hui l’élevage de reines est perçu comme une des solutions pour répondre aux pertes de colonies et maintenir un cheptel de qualité. L’offre française en produit d’élevage ne permet pas de répondre à cette demande. L’objet de ce travail est d’avoir un aperçu de la diversité des pratiques et d’identifier la manière dont elles s’intègrent dans les exploitations.

Le constat d’une diversité

La définition proposée consiste à considérer l’élevage de reines comme une pratique permettant la production de reines dans l’objectif de maintenir des colonies en qualité et en quantité suffisantes pour optimiser la productivité d’une exploitation apicole, et dans certains cas, commercialiser des produits d’élevage.

On distingue deux modes d’élevage, soit dit « naturel » en se basant sur la division d’une colonie qui va déclencher le remérage par les ouvrières, soit dit « par greffage » en transférant de jeunes larves d’une colonie vers une autre colonie éleveuse. C’est ce second mode qui est le plus utilisé par les apiculteurs professionnels.

La pratique d’élevage peut être perçue comme une succession d’opérations techniques allant du transfert de la larve jusqu’à l’utilisation de la reine. L’apiculteur est donc face à de nombreuses combinaisons d’itinéraires techniques pour aboutir à la production d’une reine.

De manière à avoir un aperçu des différentes pratiques utilisées dans les exploitations, des entretiens ont été réalisés auprès de vingt apiculteurs, choisis dans plusieurs régions de France.
Il a alors été possible de d’identifier cinq critères déterminants les grands types de pratiques d’élevage : le nombre de reines produites, la technique d’amorçage des cellules, le type d’éleveuse, la gestion des cellules royales produites, et la gestion des mâles.

Bien que l’analyse révèle qu’un éleveur possède souvent des pratiques souvent spécifiques, adaptées à ses besoins, les cinq critères permettent de distinguer clairement 2 grands types de pratiques.

Deux types de pratiques observés

– l’élevage pour l’auto renouvellement

Ce premier type de pratique est marqué par l’utilisation d’une éleveuse orpheline, aussi appelé starter/finisseur. Les apiculteurs utilisant cette pratique produisent environ 200 reines par an, dans l’objectif d’être autonome dans le renouvellement de leur propre cheptel et de produire quelques essaims pour la commercialisation.
Ce type de pratiques semble s’adapter à des modèles d’exploitations dont l’élevage n’est pas la priorité.

– l’élevage continu

Le second type de pratique est marqué par l’utilisation d’éleveuses avec reines isolées, dont le système « cloake ».

La présence de la reine, isolée de la partie élevage, permet de maintenir une colonie dynamique et puissante qui fournira une quantité suffisante de jeunes ouvrières pour prendre en charge les cellules royales. Ce type d’éleveuses correspond à des apiculteurs qui veulent produire un nombre de reines plus élevé, tout en ayant une production constante sur une période plus longue.

En allant au-delà de l’autosuffisance en reines, les apiculteurs vont ici chercher à commercialiser des produits d’élevage tels que les reines et les essaims.

L’adaptation à un système

La plupart des références techniques existantes sur l’élevage sont issues d’apiculteurs relatant leurs expériences et qui présentent une ou plusieurs techniques qui conviennent à leurs besoins, mais sans être contextualisées. Les apiculteurs se basent sur ces informations et les adaptent à leurs systèmes. L’investissement pour changer de pratiques d’élevage étant réduit, il est alors facile pour un apiculteur de tester un nouveau type d’éleveuse en parallèle, sans acheter de matériel ni investir un temps de travail important.

Conclusion

L’étude a permis de collecter beaucoup d’informations liées aux pratiques d’élevages sur les exploitations. Bien que regroupées par types, la diversité des pratiques est le résultat d’une adaptation nécessaire à un système de production lié à l’environnement de l’exploitation. Une pratique d’élevage de reines est donc nécessairement le fruit d’un apprentissage adapté à son système de production et aux orientations techniques et économiques prises par l’apiculteur.
Il n’est donc pas envisageable d’identifier une pratique générique qui serait meilleure qu’une autre dans tous les contextes. En revanche, le travail réalisé est une première étape pour apporter un appui plus personnalisé aux apiculteurs désireux de développer un atelier d’élevage.

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