Diversité des pratiques de gestion du cheptel dans les exploitations apicoles professionnelles

Par Itsap-Com, le 15 mai 2018

Conditions pédoclimatiques, ressources florales, objectifs de production : à une diversité de contextes correspond une diversité de pratiques apicoles, selon les exploitations mais aussi selon les années.

 

Cet article, basé sur deux projets pilotés par l’ITSAP-Institut de l’abeille, illustre la diversité des pratiques de gestion du cheptel. Les données de cinq années d’enquêtes (saisons apicoles 2011 à 2015), recueillies par les ADA partenaires et le GPGR auprès de 83 exploitations différentes, avec l’appui scientifique de l’INRA, représentent un total de 223 enquêtes.

 

 

Une importante variabilité dans les rendements et dans les pertes hivernales

Figure 1 : Rendement en miel moyen de 2010 à 2016 en France métropolitaine pour les exploitations apicoles de plus de 150 ruches. D'après FranceAgriMer, 2012-2017

Figure 1 : Rendement en miel moyen de 2010 à 2016 en France métropolitaine pour les exploitations apicoles de plus de 150 ruches. D’après FranceAgriMer, 2012-2017

En 2014, les exploitations apicoles françaises de plus de 150 ruches ont produit en moyenne 14,4 kg de miel par ruche, soit le plus bas rendement enregistré sur les 6 années de l’étude. L’année suivante, on observe le rendement le plus élevée, avec 30 kg de miel par ruche en 2015 (Figure 1, données FranceAgrimer). Ces deux chiffres extrêmes obtenus pour deux années successives illustrent bien la grande variabilité à laquelle est soumis le rendement en miel.

Cette variabilité s’accentue selon la miellée, certaines étant connues pour être très aléatoires (sapin, acacia…). Mais même sur les miellées plus « stables », toutes les années ne sont pas équivalentes.

Pour maximiser la production, le maintien de colonies performantes et en nombre est une priorité pour les apiculteurs. Or, ces colonies subissent des pressions importantes (biologiques, chimiques ou climatiques) qui peuvent impacter fortement leur état. Dans le réseau d’exploitations de référence, les pertes hivernales sont en moyenne de 17 % du cheptel hiverné sur 2011 à 2015, mais la variabilité d’une année à l’autre est fréquemment de plus de 10 points.

Quelles adaptations ?

Dans ce contexte très incertain, différents leviers sont mobilisés par les apiculteurs dans la gestion du cheptel pour sécuriser leurs productions.

Le renouvellement des colonies et des reines

Le renouvellement du cheptel est un élément majeur dans la gestion d’un cheptel apicole et permet notamment de pallier les pertes. La majorité des apiculteurs, voire la quasi-totalité parmi les professionnels, produisent leurs propres essaims. La plupart y introduit des cellules royales ou des reines fécondées. Les professionnels réalisent également pour la plupart des remplacements de reines sur certaines colonies. Ils sont nombreux à utiliser en parallèle plusieurs techniques : par exemple, introduction de cellules royales dans certains essaims et remérage naturel ou introduction de reines fécondées dans le reste ; remplacement de certaines reines par des reines fécondées et remérage naturel pour d’autres colonies.

La lutte contre varroa

Pour limiter les affaiblissements et les pertes que peut entraîner un contrôle insuffisant de varroa, la lutte contre ce parasite est un autre élément clé de gestion du cheptel. Parmi les 67 exploitations enquêtées au moins deux années dans notre réseau, 73 % font évoluer leurs pratiques de lutte d’une année à l’autre. Ainsi, une grande majorité des apiculteurs enquêtés modifie leur stratégie de lutte très fréquemment, traduisant leur lutte contre l’apparition de résistance chez le parasite, ou leur recherche d’un moyen de lutte plus efficace, soit les 2.

Le nourrissement

Le nourrissement des colonies peut représenter une charge importante pour les exploitations professionnelles.

Le nourrissement est rarement pratiqué de manière systématique et les écarts interannuels sont importants : sur 60 apiculteurs, 36 ont des écarts de plus de 2 kg par colonie hivernée d’une année à l’autre (Figure 2), cet écart pouvant atteindre 10 kg. Ces variations impactent directement les charges : par exemple, 3,5 kg de sucres en plus par colonie hivernée représentent une augmentation de charges de près de 1000 € pour un cheptel de 400 colonies.

Figure 2 : Ecart interannuel maximal observé (en kg équivalent sucres par colonie hivernée)

Figure 2 : Ecart interannuel maximal observé (en kg équivalent sucres par colonie hivernée)

Ces adaptations de pratiques d’une année à l’autre permettent, dans une certaine mesure, de faire face aux nombreuses incertitudes qui pèsent sur l’activité apicole. Cependant, ces changements peuvent impliquer une réorganisation ou une augmentation du temps de travail, ainsi que des charges économiques supplémentaires. Le changement climatique risque à l’avenir d’impacter le contexte de production, et notamment d’augmenter la variabilité observée dans les rendements. Il semble donc indispensable de mieux connaître la diversité des pratiques apicoles ainsi que les conséquences potentielles des changements de pratiques sur la durabilité des exploitations, pour permettre de maintenir une apiculture viable et vivable.

Pour consulter l’article complet sur notre site :

http://itsap.asso.fr/pages_thematiques/gestion-du-cheptel-et-production/diversite-pratiques-de-gestion-cheptel-exploitations-apicoles-professionnelles/

Plus d’informations sur les résultats du réseau d’exploitation de références et du projet Durapi :

http://blog-itsap.fr/reseau-dexploitations-de-references-mieux-connaitre-fonctionnement-exploitations-apicoles-professionnelles/

http://blog-itsap.fr/%ef%bb%bflelevage-exploitations-apicoles-professionnelles-diversite-de-strategies-de-pratiques/

http://blog-itsap.fr/renouvellement-colonies-reines-pratiques-apiculteurs-francais/

[1] L’apport glucidique sert principalement à compléter les réserves hivernales des colonies, éventuellement à stimuler les colonies ou essaims, ou lors de disettes.