Construction d’un Indicateur de Reference Ecotoxicologique de la CIRE (CIRE2)

Par Itsap-Com, le 13 février 2019

L’ITSAP et l’INRA d’Avignon (UMT PrADE) se sont engagés dans le projet CIRE2 dont l’objectif est de définir des seuils toxicologiques à partir desquels la présence de résidus altère d’une part le développement et la longévité des ouvrières ou des reines et d’autre part la qualité des semences des faux bourdons.

Financements : FEAGA 2017-2019 et Fondation Lune de Miel
Appui technique et logistique : Ets Ickowicz et Remuaux

La présence de contaminants dans la cire d’abeille ne date pas d’hier ! Peu de temps après la mise au point de la chromatographie en phase gazeuse au cours des années 60, l’idée que la cire pouvait s’imprégner de polluants environnementaux incita des chimistes américains à appliquer cette nouvelle technologie sur une vingtaine d’échantillons de cire qu’ils s’étaient procurés auprès d’apiculteurs du Tennessee en 1973. Dix insecticides organochlorés dont le lindane, l’heptachlore et l’aldrine pour ne citer que les plus connus étaient ciblés dans leurs analyses. Leurs résultats, révélaient déjà à l’époque que 95% des échantillons analysés étaient contaminés (0,21 à 39,41 µg/kg) et que certains d’entre eux renfermaient jusqu’à 7 des 10 insecticides recherchés. Depuis, les dizaines d’études publiées dans ce domaine aux quatre coins du globe (Afrique, Europe, Amérique, Asie) n’ont fait que confirmer le fait que la cire était une matrice fréquemment contaminée par des substances utilisées en apiculture et en agriculture et qu’elle accumulait ces substances au cours du temps en dépit des opérations utilisées par les ciriers pour son recyclage en feuilles gaufrées.

La question que devraient se poser actuellement les apiculteurs n’est donc plus de savoir si les cires sont ou ne sont pas contaminées mais à partir de quel seuil de contamination la présence de résidus devient délétère pour la vitalité et les performances de leurs abeilles. Pour commencer à répondre à cette question, l’ITSAP et l’INRA d’Avignon (UMT PrADE) se sont engagés dans le projet CIRE2 dont l’objectif est de définir des seuils toxicologiques à partir desquels la présence de résidus altère d’une part le développement et la longévité des ouvrières ou des reines et d’autre part la qualité des semences des faux bourdons.

La stratégie choisie dans cette étude fut donc d’exposer des individus à un gradient croissant de contamination à partir de cire artificiellement contaminée. Puis, de suivre et de comparer l’évolution de leur développement et de leur physiologie afin de déterminer à partir de quel seuil des anomalies apparaissent. Mais avant d’étudier les effets du gradient d’exposition sur la survie et la physiologie des abeilles, des substances ont tout d’abord été sélectionnées selon des critères d’occurrence et de concentration dans la cire. Il s’agissait en procédant ainsi de simuler des niveaux réalistes de contamination auxquels les abeilles sont les plus fréquemment exposées et de répondre aux situations que rencontrent la majorité des apiculteurs. Cette sélection a été réalisée à partir des résultats d’analyses de cire (n>1700) publiés dans la littérature scientifique ou issus de l’observatoire des résidus de pesticides dans l’alimentation de l’abeille de l’ITSAP et après consultation de ciriers.

Les résultats intermédiaires et partiels obtenus en 2018 sont résumés dans le Tableau 1. Huit mélanges de pesticides et de médicaments vétérinaires couramment retrouvés dans la cire ont été sélectionnés afin de composer le gradient d’exposition. La contamination artificielle des cires et la préparation des cires gaufrées ont permis d’obtenir des feuilles de cire contaminées selon le gradient d’exposition attendu comme en témoignent les résultats d’analyses chimiques (résultats non montrés). Les valeurs des différents paramètres mesurés sur les individus témoins sont par ailleurs comparables aux valeurs retrouvées dans la bibliographie, ce qui témoigne des bonnes conditions expérimentales dans lesquelles l’étude a été conduite. Les analyses statistiques réalisées pour l’instant ne montrent pas de différences significatives entre les groupes d’abeilles pour aucun des paramètres évalués. Ces premiers résultats indiquent que la contamination des cires avec des substances fréquemment retrouvées dans la cire à des concentrations inférieures à 1000 µg/kg ne représenteraient pas de risque pour la santé des abeilles et le développement des colonies.

Tableau 1 : Composition et concentrations des mélanges (1 à 8) et résultats intermédiaires obtenues en 2018. (-) Non différents du groupe témoin* Analyses partielles (2/3 séries analysées).