Co-concevoir des solutions techniques entre apiculteurs et cultivateurs

Par Itsap-Com, le 5 mai 2017

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L’ITSAP-Institut de l’abeille et ses partenaires ont développé une démarche de conception et d’évaluation de solutions agro-écologiques mises en œuvre sur le terrain. Nous proposons ici de revenir sur ces 6 années de travaux.

Face à la raréfaction de la ressource que représentent les pollinisateurs pour nos agrosystèmes, et aux menaces qui pèsent sur eux et sur leurs services rendus, les systèmes de cultures doivent maintenir une production tout en la respectant. Dans la réinvention actuelle des stratégies de production des végétaux (plan ECOPHYTO), nous devons ainsi considérer la préservation et la conservation des abeilles comme un critère de durabilité. Pour cela, nous développons des méthodes pour concevoir, évaluer et tester sur le terrain des changements de pratiques chez les cultivateurs.

Une démarche méthodologique pour prendre en compte les insectes pollinisateurs dans les systèmes de cultures céréaliers

La description, l’évaluation, la conception et la mise à l’épreuve de systèmes de culture innovants favorables aux abeilles sont autant d’étapes que les équipes de l’UMT PrADE et leurs partenaires ont suivies et appliquées méthodologiquement au travers de différents projets menés depuis 2009.

Le terrain d’étude sur lequel se base l’essentiel des travaux réalisés se situe dans la zone atelier Plaine et Val de Sèvre au sud de Niort. Un observatoire nous permet d’étudier l’influence du paysage, et des ressources alimentaires disponibles, sur l’écologie des abeilles mellifères et des abeilles sauvages. Dans cette zone atelier, l’agriculture conventionnelle céréalière occupe une place importante.

Grâce aux connaissances acquises sur l’état de référence (systèmes d’exploitation actuels, organisation du paysage) et de ses répercussions sur les populations d’abeilles, les objectifs assignés ont été regroupés en deux principaux :

  • Augmenter la quantité, la qualité et la disponibilité des ressources alimentaires des abeilles mellifères et sauvages ;
  • Diminuer les risques d’intoxication liés à l’application de pesticides de mars à septembre.

En poursuivant notre logique de conception et tests des systèmes de cultures innovants favorables aux abeilles, nous avons franchi une étape supplémentaire en nous engageant sur la voie de la co-construction de systèmes avec les céréaliers et les apiculteurs. L’ITSAP anime avec ses partenaires un réseau de 27 parcelles mises à disposition par un groupe de 9 exploitants céréaliers et polyculteurs-éleveurs, toutes conduites en conventionnel. Il s’agit avec ce réseau de tester des itinéraires techniques basés sur la baisse de l’usage des intrants (pesticides et fertilisation azotée de synthèse pour favoriser le développement d’une flore spontanée mellifère) ; de diminuer l’exposition des abeilles aux insecticides toxiques ; de raisonner la période d’utilisation de ces intrants, par rapport à leur efficacité et leur impact sur abeilles ; de proposer des couverts mellifères en fleurs en période d’interculture. Cela pour finalement favoriser la production de ressource alimentaire saine (limiter la présence de résidus chimiques). Ce groupe de 9 agriculteurs est également sollicité pour participer à des temps d’échanges avec les ingénieurs techniques et les apiculteurs.

Les solutions testées répondent aux besoins alimentaires et de la santé des colonies d’abeilles mellifères

La meilleure illustration de notre mise à l’épreuve « en grandeur réelle » de solutions agro-écologiques se trouve dans le projet INTERAPI (Alaux et al., 2017). Pour remédier à la raréfaction en milieu céréalier des ressources alimentaires, le positionnement des ruchers à proximité des rares plantes en fleurs en fin d’été et à l’automne est une pratique courante chez les apiculteurs présents dans les plaines céréalières. Restaurer les ressources florales en zones de grandes cultures représente donc un enjeu important pour les colonies d’abeilles. Notre étude a permis d’éclairer les mécanismes physiologiques à l’œuvre chez les abeilles bénéficiant de ces ressources florales. Dans les colonies proches de couverts en fleurs (intercultures ou haies/lisières), les abeilles possédaient plus de corps gras, réserves énergétiques nécessaires à la survie hivernale. Elles présentaient également une augmentation du taux de vitellogénine, qui est un fort antioxydant favorable à la longévité des individus. Cette amélioration de la vitalité des abeilles a par ailleurs augmenté les chances de survie hivernale des colonies.

Nous avons ainsi montré grâce à un réseau d’agriculteurs volontaires que leur implantation de cultures intermédiaires à base de plantes produisant du nectar et du pollen dès le mois de septembre (moutardes blanche et brune, trèfle d’Alexandrie, vesces pourpre et commune, phacélie, tournesol) augmente la diversité des ressources collectées par les abeilles et par conséquent participe à l’amélioration de leur vitalité. Mais l’effet le plus significatif a été obtenu grâce aux milieux naturels, tels que les haies et lisières forestières présentant du lierre.

Ce lien de cause-à-effet entre les ressources florales et la vitalité des abeilles constitue une preuve directe de l’intérêt des mesures de préservation des habitats naturels en zones agricoles. Mais lorsque ces habitats deviennent trop rares, une gestion appropriée des cultures intermédiaires permet d’associer des enjeux agronomiques (pièges à nitrates, lutte contre l’érosion des sols) à des enjeux de protection des abeilles.

Cela illustre la nécessité de partager les enjeux visés par les cultivateurs et par les apiculteurs. Pour une approche plus générale de la problématique, l’ITSAP a produit une fiche technique (ITSAP, 2015), laquelle propose une démarche méthodologique aux groupements d’agriculteurs souhaitant tester ou développer des actions techniques voire repenser leurs systèmes de cultures en prenant en compte les insectes pollinisateurs. La considération des acteurs locaux et leur rôle sur le territoire est prépondérant dans les décisions d’aménagements pertinents fournissant les besoins élémentaires aux insectes pollinisateurs tout au long de la saison.

Lire l’article complet : http://www6.inra.fr/ciag/Revue/Volumes-publies-en-2017/Volume-53-Janvier-2017