Beestrong est un projet extrêmement motivant

Par Itsap-Com, le 22 décembre 2017

Installé dans les Alpes-Maritimes, Jean-Louis Lautard est apiculteur depuis 1981. Aux côtés de collègues de sa région, il participe au projet BEESTRONG qui vise à identifier des marqueurs génétiques pour la sélection d’abeilles domestiques résistantes au parasite Varroa.

A quel moment avez-vous intégré le projet Beestrong ?

J-Louis Lautard : depuis le départ ! Je fais partie d’un réseau de testage de l’Adapi et l’animateur nous a parlé de Beestrong. Je suis fortement intéressé car comme tous mes collègues, je suis confronté au Varroa et je cherche des solutions qui limitent au maximum les traitements et le temps passé à ces opérations. Et en saison, je me refuse à appliquer un traitement quel qu’il soit, alors que nous sommes encore en production de miel (jusqu’en novembre, avec l’arbousier, certaines années chez nous). C’est en cela que Beestrong est novateur puisqu’il cherche dans le phénotype des abeilles leur capacité de résistance au parasite. L’espoir, c’est de s’écarter le plus possible de la piste des traitements vétérinaires pour explorer une démarche de sélection génétique dans le bon sens du terme.

Qu’avez-vous constaté dans votre cheptel, constitué d’environ 1000 ruches ?

J-LL : Il se trouve que de mon côté, je pratique déjà une sélection sur mes ruches (sélection massale, plus travail avec des sélectionneurs). J’élève des reines et des mâles dans le but de garantir ma production de miel. Ce n’est pas très original, mais je recherche donc à développer des lignées d’abeilles performantes, peu essaimeuses et capables de maintenir un couvain sain. Il faut aussi qu’elles soient rustiques pour résister au climat parfois rude de nos régions montagneuses. Or, hasard ou pas, les premiers résultats mis en lumière par Beestrong ont montré sur mon exploitation, que des abeilles sélectionnées selon ces critères peuvent présenter un taux de résistance au Varroa très encourageant.
Certaines abeilles arrivent mieux à se défendre, sans traitement médicamenteux. Elles repèrent les odeurs du Varroa et parviennent ensuite à les perturber en réduisant l’infestation. Pourquoi ? Elles ont sans doute une capacité de nettoyage des cadres supérieure aux autres. Il est encore trop tôt pour le dire, mais l’enjeu de Beestrong est bien là : mettre en évidence des souches plus résistantes que d’autres, sans perdre de vue les autres qualités que l’on recherche. Il faudra aussi vérifier la transmissibilité de ces caractères. Pour mon équipe et moi, c’est innovant, très motivant, et on se sent moins seuls !

Concrètement, comment interviennent les équipes scientifiques ?

J-LL : Nos ruches sont à la disposition des scientifiques, qui viennent régulièrement prélever des cadres des couvains, puis les analysent en laboratoire. Je saisis l’occasion de les remercier, car nous avons pu voir le travail conséquent qu’ils effectuent sur les ruchers ou en labo à l’Unité PrADE à Montfavet : il faut être clair, ces études menées sur 3 ans seraient hors de notre portée sans l’ITSAP et ses partenaires. En tant que producteurs, nous n’aurions pas les moyens de mener ces tests, car mesurer le comportement VSH (Varroa Sensitive Hygiene) des abeilles prend du temps et mobilise des savoirs et des moyens très techniques.
L’autre avantage d’être inscrit dans ce projet est de générer des échanges avec d’autres apiculteurs participants et les éleveurs -sélectionneurs. Nous pouvons mutualiser nos données, échanger des souches ou réaliser des croisements entre nos abeilles « championnes » ! C’est ce que j’ai fait en 2017, et il faudra vérifier les résultats dès la saison qui vient.

Qu’attendez-vous de ce projet au bout des 3 ans ?

J-LL : Qu’un laboratoire mette au point un test génétique à un prix abordable pour les apiculteurs, afin de mesurer si les souches que nous utilisons en reproduction sont bien placées par rapport à la résistance au Varroa. Mais bien sûr on s’interroge : le projet aboutira-t-il dans les temps ou sera-t-il reconduit le temps nécessaire ?
En tout cas, cela donne de l’espoir, et la démarche est « propre ». Il n’y a pas de manipulation génétique puisque nous pratiquons la sélection massale en repérant les meilleures. Varroa pèse sur l’apiculture depuis les années 80… il faut essayer d’avancer ! C’est pourquoi je peux témoigner du fait que mes collègues apiculteurs et moi-même sommes heureux de participer à un projet « pionnier » qui ouvre peut-être une nouvelle voie prometteuse et respectueuse de l’abeille. L’enjeu est important, il ne faut rien lâcher !