BeeStrong : l’heure du bilan

Par Itsap-Com, le 15 décembre 2020

Après 5 années dont 3 passées à évaluer les colonies chez les apiculteurs partout en France, le projet BeeStrong arrive à son terme. Il est donc l’heure de tirer le bilan sur les 2 volets du projet : les mesures de résistance au varroa effectuées à grande échelle et la recherche de marqueurs génétiques de cette résistance.

Les campagnes de mesures ont été d’incontestables succès auprès de nombreux apiculteurs motivés par cette thématique. Elles ont permis à la fois d’avoir un aperçu du niveau de potentiel de résistance présent dans le cheptel français (environ 4 % des 1700 colonies phénotypées), et de faire émerger plusieurs groupes de sélection autour de ce caractère.

Le SMR (Suppressive Mite Reproduction) et le VSH (Varroa Hygiene Sensitive) ont été décrits comme des caractères clés de défense contre le varroa chez l’abeille domestique. Les mécanismes à la base du SMR sont encore méconnus mais résultent en une interruption du cycle de reproduction du parasite. La séquence comportementale du VSH est bien décrite : les nourrices détectent les alvéoles infestées, les désoperculent et en nettoient le contenu, avec pour conséquence une interruption du cycle reproduction du varroa. Ces deux caractères entraînent des dynamiques saisonnières d’effectifs de parasite réduites, permettant ainsi à la colonie de maintenir la population varroa sous contrôle.

Sur le volet génomique du projet, la complexité de mesure du SMR  ainsi que son manque de répétabilité ont rendu impossible l’identification de marqueurs de résistance sur la base de ce caractère. Cependant, d’autres caractères en lien avec la résistance ont été évalués dans le cadre du projet (VSH et charge en varroa phorétique en fin de saison) et les études sont encore en cours pour rechercher des marqueurs pour ces critères.

Par ailleurs, LABOGENA a d’ores-et-déjà développé une puce de génotypage, basée sur 1745 marqueurs moléculaires, permettant de réaliser une analyse de la composition génétique des colonies. Chaque apiculteur ayant participé au projet recevra en primeur un compte-rendu type, contenant deux parties : la mise en perspective de ses colonies avec les autres colonies du projet, et un focus sur l’évaluation de ses propres colonies sur les critères suivants :

  • La composition génétique : indique les proportions des principales sous-espèces (séparées en noires, jaunes, caucasiennes) au sein de chaque colonie
  • La diversité génétique : indique la diversité allélique des colonies évaluées en comparaison aux autres du projet
  • L’apparentement : symbolisé par un arbre où les colonies seraient des feuilles. Plus les colonies sont proches dans l’arbre et plus les branches sont courtes, plus elles sont apparentées.

Vous pouvez visualiser un rendu individuel à l’apiculteur : http://blog-itsap.fr/wp-content/uploads/2020/12/Rendu-individuel-BeeStrong.pdf

Quels rendus sur les phénotypes ?

Chaque année, au plus tard en fin de saison, tous les apiculteurs impliqués ont reçu les résultats des mesures sur leurs colonies (force, infestation varroa, score de la mesure SMR). Ces résultats ont pu être utilisés dans leur travail de sélection afin de favoriser les colonies qui présentaient un potentiel de résistance au varroa. Plusieurs travaux de sélection ont également démarré à l’échelle locale à la suite de ce projet en s’appropriant les méthodes de mesures utilisées au cours de ce projet et particulièrement la mesure SMR.

Une dizaine d’ateliers de démonstration ont également été animés par l’équipe du projet notamment au cours deux salons apicoles. Les ateliers de restitution organisés chaque année ont aussi regroupé une centaine de participants et ont fait émerger plusieurs idées, comme des « jeux de rôle sérieux » autour de la sélection, qui ont d’ailleurs été adoptés par des formateurs reconnus de la filière.

Quelles perspectives d’outils pour la filière ?

Ce compte-rendu est celui que LABOGENA utilisera pour les apiculteurs désireux de réaliser une analyse génétique de leurs colonies.

A partir du simple envoi au laboratoire d’abeilles prélevées dans la ruche, les apiculteurs pourront ainsi accéder à ces connaissances. Concrètement, plusieurs applications sont envisageables sur la gestion des colonies :

  1. s’assurer des origines génétiques d’une colonie avec des objectifs de conservation ou de sélection intra-sous-espèces,
  2. connaitre la consanguinité intra- et inter-colonies, notamment pour contrôler et gérer son évolution au sein d’un plan de sélection ou d’un cheptel,
  3. optimiser les croisements en prenant en compte l’apparentement entre les colonies.

 

L’ensemble des partenaires du projet continue de s’impliquer dans l’accompagnement des apiculteurs pour le développement de cheptels résistants au varroa. INRAE Jouy-en-Josas, en partenariat avec INRAE Toulouse, INRAE Avignon, l’ADAPI et l’ITSAP-Institut de l’abeille, va ainsi porter le projet BeeMuse (Bee Multicriteria Selection) à partir de 2021. Ce projet étudiera notamment comment intégrer la résistance au varroa et aux autres problèmes sanitaires dans la sélection apicole, conjointement à des objectifs apicoles de production avec à la fois une approche pratique sur l’évaluation à mettre en œuvre sur le terrain dans des ruchers d’apiculteurs professionnels, et une approche plus théorique sur la prise en compte dans les plans de sélection. En plus de la puce de génotypage disponible grâce au projet BeeStrong, LABOGENA continuera de développer de nouveaux outils au service de la recherche et de la filière apicole.